‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 179 sur 213 · CAROLI^'E. — SON VOYAGE DE RETOUR · texte numérisé non relu

CAROLI^'E. — SON VOYAGE DE RETOUR

arrivent d'Espagne, de façon qu'il yait dans le royaume, compris le corps de Grenier, 50.000 hommes et 4.000 chevaux et soixante à soixante-dix pièces de canon.

Ces précautions, si justifiées étant donnée l'activité habituelle des Anglais et, en dépit des chifTres posés par l'Empereur, le dénûment réel du royaume deNaples, doivent demeurer inutiles. Le représentant de l'Angleterre en Sicile, lordBentinck, peu pressé d'éprouver ses talents militaires en Italie, a été requis pour une fâcheuse expédition en Aragon oii il ne s'illustra point et, au retour, il a, à la fois, engagé la lutl.e contre le roi Ferdinand qu'il contraint à une quasi-abdication, contre la reine Marie-Caroline qu'il va déporter, contre les barons dont il a aboli les privilèges, contre le clergé qu'il prétend réformer et contre le peuple tout entier qu'il a résolu d'appeler à jouir d'une liberté britannique en attendant qu'il lui inflige la souveraineté anglaise. Toute la Sicile frémit dans l'attente d'un signal de révolte. Nul joug aussi insupportable que celui des Anglais et lord Bentinck, à la morgue nationale, joint un grain, déjà levé, de folie. Il a assez à faire avec ses protégés, et se contente de jeter sur les côtes quelques brigands dont on est quitte en les pendant.

Caroline, partie des Tuileries le 15 mai, à neuf heures du soir, s'arrête deux jours à Lyon, un jour à Turin, un à Florence, esta Rome le 1'"' juin, retrouve à Averse ses enfants venus à sa rencontre et fait son entrée à Naples le 2 à huit heures du soir « au milieu d'une foule immense et des acclamations universelles».

La situation oii elle se trouve aurait des avantages si elle avait les mains libres, si Murât, en lui donnant la rég-ence, « ne s'était pas réservé la décision sur toutes les questions de gouvernement ». Sans doute, le parti qui s'était formé autour d'elle est réduit presque à rien ; mais, avec son chef, Maghella, le parti qu'on nomme italique a perdu la plus grande part de son activité. Caroline n'a point obtenu qu'on lui rendît Daure sur qui elle eût compté davantage, mais que Murât, sachant ce qu'il sait, n'eût pu si tôt rendre à sa femme; seulement, elle a reçu des mains de Daure « et amené avec elle de Paris, comme secrétaire, un honnête homme nommé Guibout » ; à Rome, elle a, en la personne de Norvins, un ami de vieille date qui l'instruira directement, s'il se produit un événement important ; car elle sait qu'à Naples elle sera épiée et que le directeur des postes n'est rien moins que sûr. Aussi, pour assurer le secret de sa correspondance, Norvins « mettra sous une seule enveloppa, à son adresse, etscellé des armes de France, toutes les lettres et dépêches quelconques qui pourront lui être envoyées, fussent-elles du général Miollis ou de lui, Norvins ».

Dans ces conditions, Caroline se met à l'œuvre. On l'a vue jusque-là coquette, adroite, intrigante, faisant jouer de petits ressorts pour de médiocres résultats, employant, pour hisser d'échelon en échelon la fortune de son mari, à laquelle la sienne estliée, toute la gamme des fantaisies amoureuses, tantôt prêtant à son frère ses bons offices pour la recherche de maîtresses ou

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