CAROLINE. — LETTRES QU'ELLE ÉCRIT
signifie leur abdication nécessaire. Que disait Norvins de rattachement de Caroline au Grand Empire et, dans l'exécution du plan de libération, la femme, avec plus d'habileté, ne continue-t-elle pas le mari ?
Du même ton, elle écrit au général Grenier pour défendre contre lui les prérogatives de sa couronne. L'incident est médiocre : une dispute entre un général français et un commandant napolitain au sujet de la police du théâtre à Capoue; mais il y a des conséquences : « La police des théâtres étant du ressort de l'autorité civile et ne pouvant s'exercer que par une force qui lui soit soumise, appartient exclusivement aux troupes nationales, voilà qui est incontestable, écrit Caroline. Sur quel fondement en réclameriezvous le privilège ou même le partage en faveur des troupes que vous commandez? Etrangères au pays, n'ayant, dans toute l'étendue de leurs cantonnements, de police à exercer que sur elles-mêmes, elles ne sont assujetties par aucun lien d'obéissance envers les autorités locales, et l'indépendance des troupes françaises est une prérogative que vous défendriez si Ton proposait d'y porter atteinte.» N'est-ce pas là raisonner bien et enfermer le général Grenier dans un dilemne qui évoque les Fourches Caudines toutes proches ? D'ailleurs, toute la courtoisie qu'il peut souhaiter : « En me prononçant à regret, monsieur le général, contre une prétention que vous avez cru devoir appuyer, je n'en rends pas moins justice à l'excellente discipline des troupes françaises, et, dans l'harmonie qui a régné toujours entre elles et nos
régiments, j'aime à reconnaître votre influence. » Ce satisfecit est donné à la veille du départ des Français : A mi-septembre, Murât a enfin triomphé; Grenier a reçu ordre de se diriger avec ses troupes sur Vérone oii il formera une division à trois brigades (deux françaises tirées de Naples et une italienne), qu'il portera sur l'Oder. C'est cette division qui permettra à Eugène de faire figure et de tenir contre les Russes; mais, du même coup, Naples est perdu. Tant qu'est resté dans le royaume un embryon de corps, fût-ce un bataillon, cocarde tricolore au shako, la défection de Murât a été impossible. A présent, Murât a le champ libre.
Caroline n'a point influé sur le départ des troupes, cela s'est traité en Russie ; la reine marche bien d'accord avec Murât pour l'émancipalion ds sa couronne ; mais elle demeure attachée au système français contre le système italique dont elle perçoit très justement les désastreuses conséquences et contre le système autrichien où Murât à commencé d'entrer durant qu'elle était absente et oii elle n'accédera que sensiblement plus tard. Pour affirmer mieux cette entente avec la France, elle en souhaiterait des marques extérieures. « L'Empereur, écrit-elle au duc de Bassano, m'a fait espérer qu'il accorderait auprince royal la décoration du Grand Aigle de la Légion d'honneur. Vous m'obligeriez en sollicitant de sa bonté l'accomplissement de cette espérance. Le prince est déjà dans un âge à sentir vivement le prix de cette faveur. Il en sera pénétré de reconnaissance et j'aimerais voir s'accroître, par ce sentiment, tous les sentiments de