VII
conduit, avec bien plus d'habileté, au mieux des intérêts de son mari et des siens : elle se montre au premiercoupune femme d'affaires consommée, etquisuffit à mener toutes les machines. C'est là justement ce qui exaspère Murât. Obligé de laisser la régence à la reine, il a prétendu la serrer par des règlements, de façon qu'elle ne pût bouger, et, dans ce champ si médiocre qu'il lui a laissé, voilà qu'elle tire parti de tout, élève et soutient des prétentions, se donne les beaux airs, surtout se montre tellement supérieure à lui qu'elle a pour mari, que ce mari, humilié et furieux de la comparaison qu'on ne manquera pas de faire, prend chacun des actes auxquels Caroline est obligée par l'exercice même de la régence, pour un empiétement sur ses droits, une entreprise sur son autorité, une conspiration contre son pouvoir. Dans les lettres à l'adresse de la reine ou de sa fille aînée qu'il livre à l'estafette du Grand quartier impérial, ce ne sont, bien sûr, que tendresses, compliments, nouvelles de santé et surtout effusions de dévouement, d'amour, de passion pour l'Empereur : pâture pour le cabinet noir, mais il prend revanche quand il écrit par ses propres couriers. « On ne peut se dissimuler, écrit Durantle 18 septembre, qu'il existe entre LeursMajestés des points d^altercation qui ne peuvent manquer de jeter quelques nuages sur leurs correspondances. La reine, dès les premiers jours, avait trouvé insuffisants les pouvoirs que le décret de régence lui avait attribués. Elle s'en est aperçue davantage à mesure qu'elle est entrée dans les détails du gouvernement et.
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sans prendre sur elle des décisions majeures, elle a cherché du moins à suspendre l'effet de quelques dispositions ordonnées par le roi et à obtenir une sorte d'initiative sur les nominations. Le roi n'aura voulu accéder ni à l'une ni à l'autre de ces prétentions et, bien loin de vouloir accorder à la reine la moindre portion d'autorité effective, il paraîtrait qu'il aura voulu se conserver la direction des ministères en suivant avec eux une correspondance que la reine ne voudrait pas admettre. » Mier, l'envoyé autrichien, est plus explicite encore dans son rapport du 11 octobre : « Il suffit, écrit-il, que la reine désire quelque chose pour que le roi la refuse, qu'elle protège quelqu'un pour qu'il le prenne en grippe. La plupart des choses que la reine a soumises à son approbation depuis qu'il est absent... ont été rejetées ou leur décision ajournées à son retour; ce qui la met, elle et ses ministres, dans des grands embarras ; aussi les affaires sont-elles dans une stagnation complète. Il a défendu en dernier lieu le paiement des sommes dues ou demandées par la France, prétextant le manque d'argent, et, en même temps, il a assigné des fonds très considérables pour des bâtisses inutiles, telles que la restauration et l'achèvement de l'immense palais de Caserte, commencé sur une si grande échelle par Charles III que ses successeurs n'ont pas osé ni pu l'achever. »
Pour empêcher que Caroline acquière à Naples une popularité, le roi profite de ce que lui-même est absent et de ce que le gouvernement semble être aux mains de la reine, pour créer de nouveaux impôts et
mettre en exécution certaines mesures onéreuses et odieuses au pays qu'on sait, dans le public, avoir été rejetées par le roi, lorsque, dans le temps, elles lui ont été proposées par ses ministres. Malgré les instructions reçues de Russie, Caroline ajourne plusieurs mesures semblables. De même fait-elle pour la nomination du générai Parisi à la place de grand maréchal du Palais.
Murât ne se contente pas de semoncer lui-même la reine régente. Il délègue, pour ce faire, Belliard qui, dans le cas présent, sort étrangement de son rôle de chef d'état-major. « Je vous avoue, répond le 11 octobre Caroline à la lettre que Belliard lui a écrite le 5 août, je vous avoue que je n'entends pas du tout ce que vous voulez dire par des flatteurs et des ambitieux qui cherchent à tromper et à entraîner dans des changements de nouveautés; du tout, c'est que je n'ai fait aucune nouveauté, ne voulant faire que ce qui pouvait plaire au roi et maintenir son royaume tranquille en son absence, comme effectivement j'ai réussi. Si je me suis trompée sur les moyens de parvenir au mieux, ce n'a pas été mon intention, mais bien ma faute, car je n'ai consulté personne pour ce que j'ai fait. Ne cherchant à faire que ce que je croyais le mieux, j'ai pu me tromper, mais je ne l'ai été par qui que ce soit, croyez-le bien. »
Les choses ont été si loin poussées que la nouvelle, répandue àNaples vers la mi-octobre, que le roi va revenir ne trouve pas un incrédule. Sans doute n'est-elle pas officielle et positive, mais si probable que, d'une semaine à l'autre, presque d'un jour à