CAROLINE. — BRUIT DU RETOUR DE MURAT
l'autre, on s'attend à le voir paraître. En même temps, Campo-Chiaro, de Naples, et Guibout, de Portici, écrivent à Norvins demandant à être informés de son entrée sur les terres d'Italie. A Rome, on est si convaincu qu'il arrive que, sans prendre les ordres de Paris, Norvins invite les directeurs des Postes impériales à lui donner avis par estafette des premières dispositions qui pourraient être prises pour le voyage du roi. Fausse alerte : Murât a pris ses désirs pour des réalités et il craint trop encore l'Empereur présent pour déserter l'armée. Quinze jours plus tard, le 3 novembre, Caroline lui écrit : « C'est demain ma fête, mon ami, je croyais bien que tu y serais, mais, puisque je suis privée de ce bonheur, je n'en veux pas d'autre. Je n'irai même pas à Naples. Une fête oii tu n'es pas est une chose trop triste, surtout en pareil cas. » Comme bouquet, le 4, elle reçoit de sa sœur Élisa la nouvelle de l'incendie de Moscou.
Puis, à des intervalles de plus en plus allongés, les nouvelles s'espacent. Il arrive que des courriers par hasard échappent. On a alors des trois, quatre lettres ensemble : ainsi, recevant à la fois celles que son mari a écrites le 20, le 24 et le 27 octobre, Caroline apprend que « dans une rude atîaire qu'il vient d'avoir avec ces Messieurs les Russes, il a reçu une légère contusion », puis que « sa blessure n'est plus rien » ; mais, ce qui se répète, ce sont les extases : « L'Empereur a été si bon pour moi dans cette circonstance que mon amour pour lui augmenterait si c'était possible »... « L'Empereur est tout à fait bon pour moi;
il veut me conserver auprès de lui et ne veut plus, dit-il, m'exposer que pour une grande bataille... » « Je suis auprès de l'Empereur ; je voyage avec lui, je mange avec lui. Il me traite avec une bonté extraordinaire. Juge de mon bonheur! »
Dans ces rares lettres, rien delà campagne, pas un mot de la retraite ; Caroline n'est point inquiète; elle donne à son ordinaire des spectacles et des concerts; elle tient cercle, elle fait en grande compagnie des excursions au Vésuve, menant le ministre de France et son secrétaire, le maréchal Pérignon, toute la Cour en grand uniforme. Car elle aussi aime la pompe et le costume, et « les plumes hautes et blanches de son chapeau royal » sont dignes des panaches de son fastueux époux.
Tout à coup, avec le 29^ bulletin, on est en face du désastre. Le 4 janvier, voici une lettre de l'Empereur annonçant qu'il a laissé au roi le commandement de l'armée, que partout on doit faire front, réunir des troupes, en former de nouvelles; puis, voici des lettres que Murât a écrites le 25, le 26, le 27 décembre, où il dit son dégoût, sa lassitude, sa volonté de rentrer dans ses Etats. « Quoi ! lui répond Caroline le 15 janvier, tu pourrais céder à un autre la gloire d'aider l'Empereur à écraser les ennemis? Tu pourrais faire une étourderie semblable à celle de quitter avant que l'Empereur t'ait désigné un successeur? Tu quitterais après avoir supporté six mois de fatigues et passé la saison la plus rigoureuse ? Non, mon ami, tu ne feras pas cela ! Tu resteras, j'en suis sûre. Je te dirai avec