CATHERI-NE. — ELLE EST RÉGENTE
de ce qu'elle est, de l'illustre lignée dont elle sort, de la grandeur de ses ancêtres qu'elle s'étonne de n'avoir point été revêtus comme les Habsbourg et les Wittelsbach. qu'ils valent bien, de la dignité impériale. Elle trouve, même pour elle, la Westphalie bien étroite et mal conformée ; mais, par une sorte de patriotisme allemand, elle se détourne d'un trône qui ne serait pas en Allemagne et, tandis que Jérôme, en ses spéculations guerrières, se pare de cette couronne polonaise qui lui échappa à Tilsit, Catherine, toute soumise qu'elle est d'ordinaire, s'épeure à Tidée de quitter sa vieille Allemagne familiale et se rassure au moindre bruit qu'elle recueille sur les intentions de l'Empereur, Il ne les a dites à personne et leur réalisation dépend de victoires qui ne sont pas gagnées, mais cela n'arrête pas les nouvellistes. « Il est bien certain, écrit Catherine, que le roi garde ce royaume; mais il sera agrandi » ; dix jours après : « Le roi de Saxe sera roi de Pologne ; on réunira la Saxe à la Westphalie, ce qui fera un des plus beaux royaumes de TAUemagne. » Voilà son rêve.
Le roi parti, dans la nuit du 5 au 6 avril, Cassel est vide et triste. Tous les chambellans et les écuyers équipés en officiers d'ordonnance ont suivi le roi ; les employés des ministères, mobilisés selon la hiérarchie, ont rejoint Tarmée, laissant à leurs femmes le soin de payer les dettes contractées pour leur entrée en campagne. La reine s'ennuie et se morfond. « Les ministres ne lui disent rien et ne font que ce qu'ils veulent. Je suis, écrit-elle, autant au fait des affaires comme
*i2 NAPOLÉON ET SA FAMILLE
autrefois et peut-être encore un peu moins. » Elle est agitée de pressentiments sinistres : Si elle a le malheur de perdre le roi dans cette funests guerre, « sa vie future ne sera plus qu'un tissu d'amertumes »; si elle conserve « un époux chéri », n'ayant pas d'enfants pour assurer la succession, ne sera-t-elle pas « obligée dans quelques années de s'en séparer d'une autre façon? » Elle passe des nuits à sangloter dans la misère de sa solitude ; car son père la boude et ne lui écrit point; à sa cour, elle ne saurait confier des choses si secrètes; même les cache-t-elle à M""' d'Otterstâdt, sa compatriote, qu'elle a faite l'une de ses dames et à laquelle elle s'ouvre d'ordinaire ; son frère, elle n'a pas à y penser et les lettres de Jérôme sont rares.
A la mi-mai, il y a la distraction du voyage à Dresde, surtout l'espérance d'y revoir Jérôme. En route, Catherine s'arrête à Weimar, oii la princesse hériditaire, née grande-duchesse de Russie, l'accueille avec une cordialité sans égale. Elle qui a tant besoin d'affection éprouve une joie profonde à se sentir un instant en confiance avec « la duchesse qui est une des femmes les plus essentielles, la plus respectable, la plus aimable » et la princesse Marie « qui a la douceur et la bonté peintes sur sa physionomie. » A Dresde, oii elle arrive le 17, à onze heures du soir, quarante-huit heures après son départ de Cassel, ce n'est plus de l'amitié, ce sont des honneurs qu'il faut subir dans la fatigue de deux nuits blanches, dans l'énervement d'un accident ridicule, car elle a cassé en voiture les cordons de ses « caleçons » — des pantalons d'à présent