CATHERINE. — LE SÉJOUR A DRESDE
— qui traînent sur ses pieds et la font trébucher à chacun de ses pas ainsi strictement mesurés, durant qu'elle fait l'aimable, reçoit un service d'honneur, gravit. les grands escaliers, subit des présentations, des compliments et des visites. Le lendemain matin, elle vient à la porte de l'Impératrice Marie-Louise, chez laquelle il ne fait pas jour et qui remet la reine à midi. Alors, elle est cordiale ; l'Empereur, qui survient est amical ; mais, lorsque Catherine s'enhardit à lui dire : « Sire, ne faites-vous pas venir Jérôme ici pour que je puisse le voir? — Oh! oh! répond-il, vous allez voir que je vais déranger un de mes généraux d'armée pour une femme. » Et Catherine, malgré les efforts qu'elle fait pour se retenir, éclate en sanglots.
Ainsi disposée, elle participe à toutes les fêtes: l'empereur d'Autriche la traite on ne peut, mieux; l'impératrice JVIaria-Ludovica « l'honore d'une bonté particulière » et offre même d'établir une correspondance avec elle. L'Empereur Napoléon lui fait une visite d'une heure et demie, et il est « très bon et confiant avec elle » ; toutefois un peu grimpé que Jérôme lui ait écrit qu'on parlait de la réunion de la Westphalie à l'Empire. « Ceci, ma sœur^ dit-il, tombe-l-il sous le sens que j'irais dépouiller mon frère dans le moment qu'il me fait des sacrifices et que le pays est dénué de troupes? Non, mais, je vous le demande, ma sœur, ceci tombe-t-il sous le sens ? »
Aimable à son heure, l'Empereur ne se croit pas obligé de l'être constamment. Il reste des jours entiers
sans adresser la parole à la reine qui, ayant reçu de son mari des lamentations nouvelles au sujet de l'état déplorable de ses finances, cherche sans la trouver l'occasion d'en instruire son auguste beaufrère, « sans pourtant lui rien demander». Elle s'enhardit à dire : « Sire, j'ai eu des nouvelles du roi », mais, sur ce mot, l'Empereur part : « Je suis mécontent du roi, c'est un enfant qui ne sait pas commander à mes armées»; il ne fait rien, il ne se remue pas, il reste trop chez lui, il n'a vu aucune des troupes, « ce n'est pas ainsi qu'on fait mes affaires ». Et, reprenant en détail tout ce que le roi ne fait pas et tout ce qu'il fait à contre sens, l'Empereur à tout instant revient à cette phrase qui blesse le plus sûrement Catherine : « Voyez le vice-roi et le roi de Naples, voilà des hommes, des généraux ! » Comme d'habitude, il accorde que Jérôme a de Tesprit : « Oui, mais cela ne fait pas commander des armées », et les reproches pleuvent: « Si cela continue, je me verrai forcé de lui ôter le commandement, alors il sera déshonoré, car je ne plaisante pas »; la conversation se termine « au milieu des larmes et sanglots » de Catherine, par « une inclination » de l'Empereur « qui lui tourne le dos. »
Rien là qui lui soit personnel : il a voulu faire passer un avertissement à Jérôme qni n'en tiendra nul compte. Il continue à bien traiter la reine qui se rassure ; mais voici que, de tous côtés, on reparle de la Pologne et de la candidature du roi de Westphalie. Le bruit en est si répandu et consistant qu'elle se décide