‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 190 sur 213 · JEROME. — LA COUR A SON RETOUR · texte numérisé non relu

JEROME. — LA COUR A SON RETOUR

les aides de camp; seuls, les soldats sont restés, et, durant que les misérables femmes des généraux et des colonels, sans argent, sans feu, presque sans pain, attendent vainement la délégation sur la solde que leurs maris leur ont laissée pour toute fortune, le roi se distrait. Voyage sur voyage, tantôt aux salines d'Alendorf avec coucher au Meisner, « le Mont-Blanc de notre Westphalie », tantôt sur les rives du Weser, de Garlshaven à Hameln, avec stations à Gorvey et à Brunswick ; spectacles presque tous les soirs à Napoleonshohe, tantôt in fiocchi dans la grande salle, tantôt plus intimement, dans les Appartements ; au Théâtre de Gassel, on prépare des merveilles pour la rentrée : on aura des nouveautés comme les Valets, opéra-boufîon de M. G. Bérard, qui est employé au ministère de la Guerre, et les Rivaux, opéra-comique de Merville pour les paroles', de Lazare La Flèche pour la musique : ce dernier étant chambellan, la pièce ira aux nues ; mais que sera-ce des opérascomiques près de la triomphante Vestale, où le char de Licinius apparaîtra traîné par quatre chevaux blancs des écuries du roi et entouré des caracoles de vingt cavaliers romains? Gela sera « presque aussi magnifique qu'à Paris ». Et, à l'instar de Paris, on aura, en représentations, Duport avec ses gambades et Rode avec son violon : régal de roi auquel il ne manque que M"^ Georges.

1 Ce Mervillo qui s'appelail Pierre François Camus et était venu de Pontoise pour être acteur à Cassel. passa, plus tard, pour avoir eu Louis XVI H pour collaboratcuf dans une pièce intitulée La famille Glinet, cinq actes en vers, joués à TOdéon en 1818.

vu. 29

Les fêtes aussi sont à l'instar de Paris et de Trianon : telle la fête que, le 23 août, le roi offre à la reine dans les jardins de Schônfeld, pour l'anniversaire de son mariage : pièce de circonstance par les acteurs de Gassel, illumination des avenues avec des ifs de flammes, joutes sur le lac, chemin des Diamants, ainsi nommé « des milliers de petits lampions placés à fleur de terre qui en bordent chaque côté »; ballet de la composition d'Aumer, exécuté par les danseurs de l'Opéra dans un salon de fleurs et de feuilloges éclairé d'un nombre infini de verres de couleurs, et, pour finir, souper d'une délicatesse merveilleuse. On a les chasses, on a les bals au Théâtre; on a, novembre venu, les promenades en traîneau qui mettent tout Gassel aux fenêtres, quand, précédée des pages porte-torches, la file des traîneaux en figures d'animaux de rêves, biches, cygnes, cerfs, lions, rentre au galop des chevaux qui secouent leur triple panache et font sonner leurs clochettes d'argent.

Nul comme le roi pour s'entendre aux raffinements d'élégance; sur le dessus du poignet de ses gants, « fourrés, mais de manière que la main ne soit pas gênée et ne paraisse pas trop forte », il fait broder, en soies brillantes, son chifTre couronné; de ce chiffre, sont marqués tous les objets de parfumerie qu'il emploie; les bouteilles d'odeur, les boîtes, bien mieux, tous les papiers d'enveloppe. Pas d'objet de goût qui paraisse à Paris dont il ne veuille la primeur. Mais c'est surtout aux bijoutiers qu'il a affaire. D'abord, comme il songe toujours à son couronne-

Page 1