‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 193 sur 213 · JEROME. —INTRIGUES DANS LE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

JEROME. —INTRIGUES DANS LE GOUVERNEMENT

lui dire clairement : vous ne savez rien comprendre rien faire, laissez-moi gouverner à ma guise et je réponds sur ma tête de tout, mais que me fera sa tête lorsque mon pays sera culbuté, bouleversé?... Bientôt M. Pichon nous dirait : je ne puis réussir parce que les autres ministres, les préfets, les maires, etc., me contrarient : Laissez-moi mettre des agents dont Je sois sûr et je réponds de tout sur ma tête. Et ainsi de suite. Mais que me fera sa tête? Quand il ne pourra plus aller, il donnera sa démission et sa tête sera soustraite à la juste vengeance d'un pays qu'il aurait culbuté. » C'est pourquoi, au retour du roi, Pichon est renvoyé, et pourquoi le ministre des Finances, Son Excellence Monseigneur le Commandeur baron de Malchus est en pleine faveur. Voilà l'homme qu'il faut : il ne parle point de toutes ces réformes et s'arrange toujours pour trouver de l'argent : à la vérité, il commence par emplir ses poches. Pour la vente des Dîmes, ressource suprême qu'il a imaginée, il s'est associé ses deux beaux-frères : l'un fait l'estimation, le deuxième conclut les marchés et Malchus adjuge les Dîmes et en touche le prix.

Malchus paraît inébranlable aux Finances, mais il ne va pas de même des autres ministres : Salha, diton, va succéder à Morio comme grand écuyer et sera lui-même remplacé à la Guerre par le général Chabert, tandis que Dupleix, l'inspecteur aux revues qui a fait si bien ses preuves en Russie, ira au Trésor et cédera le matériel de la Guerre à Louis Bruguière, frère du baron de Sorsum. Ghabert serait donc le

dixième titulaire de ce malheureux ministère qui pourtant, par l'organisation que lui donna Eblé, par le personnel qu'il lui recruta, par les bonnes règles qu'il lui imposa, a fourni une somme étonnante de travail, a mis sur pied une armée qui vient de faire ses preuves et dont le roi devrait être justement fier. Mais cela est sans importance : chez Jérôme, même ce ressort est cassé. S'il continue à croire en son génie militaire, il le sait méconnu et jalousé par l'Empereur. On ne lui donnera à faire rien de grand, par quoi il puisse s'illustrer et acquérir des provinces. Son armée se bat, il n'en a cure, pas plus que des récompenses que l'Empereur accorde à ses soldats : en un jour, quatorze étoiles de la Légion au seul régiment des Cuirassiers. Leur gloire ne compte pas plus à ses yeux qu'elle ne comptait sans doute pour l'Electeur de Hesse quand il faisait commerce de ses sujets. Jérôme a bien autre chose en tête pour s'étourdir et il s'étourdit si bien que même Féclair avertisseur du coup de pistolet que Malet tire sur Hulin, ne l'éveille point, ne lui ouvre pas les yeux, ne lui montre pas la fragilité de cet empire auquel est attachée sa fragile royauté !

Pourtant, chez Jérôme, quoi qu'il fasse et qu'il dise, malgré ses confidences à la reine, malgré ses diatribes et ses violences contre son frère, un sentiment subsiste qui, lui seul, en cette étrange époque, suffit à une apologie. Il reste dévoué ; il demeure fidèle. Il ne se berce point, comme l'a maladroitement prétendu un courtisan maladroit, des idées d'indépendance qui

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