JOSEPH. — SITUATION VIS-A-VIS DES GÉNÉRAUX
sur l'Armée du Portugal qui, réunie, en aurait 32 000, il sera supérieur. « On doit donc s'attendre à quelque catastrophe si les choses restent dans Tétat où elles sont. » Badajoz a été pris : le roi n'a pu y envoyer à temps les secours, tout faihles qu'ils fussent, qu'il avait mis en marche ; Marmont allègue les ordres qu'il a reçus du prince de Neuchâtel de rester sur la Tormès; Soult, qui s'est porté trop tard sur la Guadiana, rejette, avec plus de vraisemblance, la faute sur Marmont; mais peu importent les discours, le fait est là. Il ne s'agit plus, comme le recommandait Glarke, de négliger l'armée anglaise, ni, comme le voulait Ber- Ihier, de prendre Tinitialive sur elle, il s'agit de lui résister, de prévenir les combinaisons qu'adoptera Wellington, de ne pas souffrir que 60 000 mercenaires au service anglais acquierrent l'avantage sur les 220 000 Français qui sont dans la péninsule.
Pour renforcer selon les occurrences l'une ou l'autre des armées, Joseph a bien demandé qu'une réserve fût constituée sous son commandement direct mais ce projet n'a point été réalisé et il éprouverait de la part des Français, quels qu'ils soient, une résistance invincible, étant donné ce qui vient de se passer pour un régiment que Suchet avait consenti à détacher de son armée et que le roi a aussitôt placé sous le commandement d'un de ses généraux espagnols, le duc de Mahon. Le projet de réserve écarté, reste l'Armée du Centre, mais elle est trop peu nombreuse, trop occupée à garder Madrid, pour fournir, sous peine de compromettre la capitale, un secours effî-
cace. Ce secours, l'armée en péril doit le recevoir des armées qui seront le moins exposées.
Wellington a pris son parti ; négligeant Soult, c'est Marmont qu'il vise. Il dirige sur Almaras qui commande le passage du Tage et dont les forts sont occupés par des détachements de la division Foy, le général Hill, qui arrive en forces, s'empare des ouvrages, les bouleverse et détruit les magasins qu'on y a formés avec tant de peine.
Suchet, auquel, dès le 9 avril, le roi avait demandé une bonne division, répond que, par un ordre en date du 24, émané de l'Empereur et transmis par Berlhier à Glarke, son commandement est indépendant : Sans doute doit-il « continuer à correspondre et à rendre compte au roi qui a la direction générale des armées en Espagne et le commandement», mais il n'a pas à lui obéir.
Dorsenne, auquel le maréchal Jourdan a donné ordre de faire remplacer par l'Armée du Nord une partie des troupes de l'Armée du Portugal, si celle-ci devait se porter en avant, répond le 19 avril « qu'illui est impossible de retirer un seul homme des provinces du Nord sans avoir à craindre les plus grands inconvénients ».
Reste Soult. Il a pris ses précautions, puisque, le 44 avril, il a écrit à Berthier : « Dans l'état actuel des choses, je dois me borner à défendre l'Andalousie..., je dois aussi me disposera faire le plus tôt possible le siège de Tarifa, car ce n'est qu'en prenant cette place que je pourrai détruire le corps de Ballesteros qui...
me donne des inquiétudes sérieuses. Celte opération terminée, je commencerai le siège de l'île de Léon où j'espère également réussir, » En voilà pour trois campagnes au moins, mais le prétexte de ne point bouger ne lui naraît point suffisant encore et, le 17, contre toute vraisemblance, il annonce au major général que Séville est investie par 14 000 hommes, que les communications avec les troupes de la ligne devant Cadix sont interrompues et qu'un soulèvement général commence en Andalousie, ce pourquoi, sans plus s'occuper de Badajoz, de Marmont et de l'Armée de Portugal, il a « pris aussitôt ses dispositions pour se reporter sur le théâtre qui, pour le moment, convient à l'armée, pour se préparer à livrer une grande bataille aux ennemis. »
Avec Joseph, il adopte une autre tactique ; le 7 mai, Joseph lui a donné l'ordre formel de détacher Drouet d'Erlon avec le tiers de l'Armée du Midi pour observer les détachements que pourrait faire Wellington. « Dans l'état actuel des choses, lui a-t-il écrit, il n'est pas douteux que votre attention doit toujours être fixée sur l'armée anglaise; c'est elle qu'il faut suivre et qu'il faut combattre avec avantage. Toute autre opération de détail, au midi comme au nord, ne peut avoir mon assentiment si elle vous détourne de l'objet principal. » Après un mois et dix lettres, Soult, le 8 juin répond : « J'ai l'honneur de répéter à Votre Majesté que lord Wellington n'a en ce moment pour objet que d'isoler l'Armée de Portugal de celle du Midi et de l'éloigner de la vallée du Tage. Il voudrait voir en-