RENOUVELLEMENT DU CONSEIL ECCLÉSIASTIQUE
cile national et il soumet le programme des décisions qu'il lui proposera à un conseil ecclésiastique, renouvelé, en janvier 1811, de celui institué en 1809, et composé presque des mêmes personnages : les cardinaux Fesch, Maury et Gaselli, les archevêques de Barrai et de Pradt, les évêques de Broglie, Bourcier, Duvoisin et Mannay et l'abbé Emery. Ce conseil pourra paraître suspect aux partisans de Rome, puisqu'il est presque unitjuement composé de prélats occupant des charges près de TEmpereur ou des Princes, tels Fesch, Pradt, Broglie, Duvoisin, Maury et Barrai ; mais on serait fort embarrassé de le mieux remplir dès qu'on se refuse à y admettre d'anciens constitutionnels. Fesch, dit-on, eût voulu Jauffret, Boulogne et Fournier, mais l'accession de deux aumôniers de l'Empereur n'en eût point augmenté le prestige et eût compromis l'autorité de Duvoisin que Napoléon avait pris pour guide et dont il se plaisait à suivre les avis.
Napoléon n'imposait pas les siens. Dès qu'il s'était décidé à réunir le Conseil ecclésiastique, c'est qu'il jugeait ses lumières trop faibles pour mener seul un dessein dont il ne se dissimulait point la gravité. Il cherchait donc à s'éclairer; il aimait à discuter et, par l'exemple de Duvoisin et d'Emery, on sait qu'on pouvait tout lui dire. « Il se faisait un plaisir de provoquer, d'agacer môme M. Emery et ils se séparaient fort satisfaits l'un de l'autre. » « Napoléon, a dit un des membres de ce conseil, avait raison de se dire propre à l'étude de la théologie : sophiste et subtil»
très enclin à parler le premier et le dernier, il avait tout ce qu'il faut pour faire un théologien fort embarrassant dans la dispute. » Or, rien ne vaut la dispute Ihéoiogique, pour amener celui qui croit triompher à des concessions de fait. Comme il s'y prêtait, les commissaires en profitaient. «Jusque-là, dit l'un d'eux, il n'avait écouté que sa fougue et son imagination : il avait marché au hasard en obéissant tantôt à l'une, tantôt à l'autre, ou bien encore à toutes les deux à la lois. Du moment qu'il eut un conseil, il fallut s'arrêter et marcher de conserve avec ceux qu'il avait appelés. » Sans doute ne demandait-il pas mieux et le but qu'il entrevoyait n'était pas aussi éloigné que pensaient les commissaires de celui qu'ils se proposaient: « prévenir l'interdiction des communications avec le Pape, faire adopter une mesure relative à l'institution canonique, faire rendre la liberté au Pape, le rapprocher de Napoléon et terminer ces affligeantes discussions. » L'Empereur n'y contredisait point ; dès qu'il avait renoncé à la rupture, il ne demandait pas mieux que de se réconcilier avec le Pape, pourvu que ce fût en France, et que la séparation du temporel et du spirituel fût un fait accompli. Mais il se plaisait à dérouter ses interlocuteurs, à les entraîner dans des discussions de détail, de façon à leur celer le dessein grandiose qu'il tenait en réserve. Il y réussissait si bien que de Pradt avec tout son esprit — et cet esprit n'est point méprisable— s'y est trompé. «Jamais homme, a-t-il dit, n'a plus obéi à l'impulsion du moment, n'a plus donné au vague et au hasard.... Presque toujours, courtisan de