‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 21 sur 213 · BUT AVOUÉ ET BUT SECRET DU CONCILE · texte numérisé non relu

BUT AVOUÉ ET BUT SECRET DU CONCILE

la fortune, il attendait les chances de sa libéralité éprouvée; observateur de la marche de son ennemi, il se réglait uniquement sur ses fautes, espèces de mines qu'il exploitait avec une habileté rare. Alors, son coup d'oeil et sa rapidité lui donnaient l'air de l'invention des choses mêmes dont il ne faisait que profller. » Vraie en des cas, l'observation, si caractéristique de l'homme de guerre, tombe à faux, puisque, selon toute vraisemblance, le Concile n'était que le moyen adopté par Napoléon pour réaliser le dessein formé dès 1805, et repris à de si brefs intervalles qu'on enpeuthien dire le cheminement continu, du moment que l'Empereur a repoussé les idées de rupture qui le traversent à des moments. « Le Grand Empire, a-t-il écrit, comprenait les cinq sixièmes de l'Europe chrétienne : la France, l'Italie, l'Espagne, la Confédération du Rhin, la Pologne; il était donc convenable que le Pape, pour l'intérêt de la religion, établît sa demeure à Paris et réunît le siège de Notre-Dame à celui de Saint-Jean de Latran. Le moyen qui parut le plus naturel pour accélérer cette révolution et faire désirer ce séjour par les papes même fut de relever l'autorité des Conciles qui, composés des évêques de France, d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, de Pologne, seraient par le fait des Conciles généraux : le Pape sentirait l'importance de se mettre à leur tète, dès lors de demeurer dans la capitale même du Grand Empire, et ce fut là le but caché du Concile de 1811 dont le but apparent fut de pourvoir aux moyens de conférer l'institution canonique aux évêques. »

Ces déclaralions, données à Sainte-Hélène, n'expliquent point pour quels motifs Napoléon crut opportun de tenter en 1811 ce qu'il avait reculé à faire en 1809 ; pas plus qu'elles ne font saisir comment le Concile national, déjà suspect, eût pu se transformer en Concile universel. Sans doute, Napoléon, faisant abstraction des détails et des moyens d'exécution, parlant du haut de son rêve, a-t-il admis, comme des faits acquis, qu'il eût d'abord réuni tous les évêques dont les diocèses faisaient nominalement partie de son empire, ensuite qu'il les eût trouvés dociles; que, s'étant dit le successeur de Charlemag-ne, il n'eût pas eu plus de peine à se dire le représentant des droits de Basile P'' et de Constantin VI qui, soixante années après Charlemagne, de 869 à 871, convoquèrent et tinrent le quatrième Concile de Constantinople ; que, d'ailleurs, il tenait, par le Concile national « que les rois de France ont le droit d'assembler dans leurs Etats pour faire des lois et règlements sur les matières ecclésiastiques », un épouvailtail dont Tefficaciié était démontrée, puisque ce fut par la menace d'un synode national que François I" arracha la dernière réunion du Concile de Trente; sans doute, l'immensité des conséquences qu'aurait eues la résidence du Pape à Paris l'a-t-elle fait traiter légèrement les difficultés qu'il eût rencontrées pour l'y amener; certes, nulle solution plus souhaitable pour l'Eglise môme, puisqu'elle eût aboli la confusion entre le temporel et le spirituel ; qu'elle eût obligé à une répartition normale et proportionnelle des chapeaux cardinalices ; qu'elle eût mis

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