‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 204 sur 213 · JOSEPH. — RÉCONCILIATION AVEC SOULT · texte numérisé non relu

JOSEPH. — RÉCONCILIATION AVEC SOULT

a d'autre parti à prendre que de me permettre de rentrer en France, conformément à ce que vous voulûtes bien me dire lorsque je pris congé de vous. Aussi bien, dans l'état où sont les affaires, ma présence peut moins les rétablir que celle d'un général consommé qui viendrait ici revêtu de la plénitude de la confiance de Votre Majesté ».

C'est là le premier mouvement, le bon. Joseph ne descend pas à se défendre, il accuse. Et pourtant, le 3 octobre, lorsque, accompagné de Suchet et de Jourdan, il rencontre Soult à Fonte-de-Higuera, quelle est son altitude? « Après de vives explications tête-à-tête, ont écrit ses apologistes, Joseph, toujours généreux, s'apaisa et se montra disposé à oublier le passé. »

Une hypothèse se pose devant cette réconciliation si invraisemblable : Soult avait-il, dans ses lettres à Glarke, écrit tout ce qu'il savait ? Le secret qu'il avait confié à ses divisionnaires ne consistait-il qu'en racontars de la Gazette de Cadix? Tant d'appareil pour révéler des nouvelles de journaux, n'est guère vraisemblable. Mais si Soult avait eu vent des démarches que, le 6 août, Lucien a tentées près du Gouvernement anglais? S'il avait découvert que Joseph les eût autorisées? Les dates coïncident étrangement et « la générosité » de Joseph s'expliquerait alors. Ce n'est là qu'une hypothèse, mais Lucien a-t-il pu écrire ce qu'il a écrit sans l'assentiment de Joseph? C'est bien peu probable. D'autre part, peut-on croire que Joseph, s'il a chargé Lucien d'une telle

mission, agisse de concert avecNapoléon, qu'il reprenne de l'aveu de l'Empereur, sous une forme différente, la négociation tentée par l'Empereur lui-même au mois d'avril ? Alors, comment n'y a-t-il fait aucune allusion, ni dans les conversations qu'il a eues avec l'ambassadeur de France, ni dans les lettres qu'il a écrites à l'Empereur, ni dans les diverses apologies qu'il a publiées par la suite — certaines si violentes contre Napoléon, si pleines de perfidies et de contre-vérités ' ?

Joseph ne se réconcilie pas seulement avec Soult, il fera mieux par la suite.

Depuis un mois, la situation militaire s'est singulièrement améliorée. Wellington, enivré d'entrer en vainqueur dans une capitale, a perdu quinze jours à recevoir, à Madrid, des fêtes et des acclamations. Durant ce temps, l'Armée de Portugal s'est reformée et s'est renforcée. Le Conseil des ministres, aussitôt la nouvelle reçue à Paris de la blessure de Marmont, le 11 août, a ordonné à Masséna d'en prendre le commandement et y a envoyé plus de 10.000 hommes. Pour motifs de santé, Masséna, il est vrai, n'a pu entrer en Espagne : arrivé à Bayonne le 26 août, il a, le 9 septembre, avisé Joseph que, par suite d'une irritation qui s'était jetée sur sa poitrine, il était hors d'état de faire la guerre pour le moment ; mais Glausel, commandant l'armée par intérim, ne s'en est pas moins mis en action; Wellington s'est décidé, le

^ J'ai surtout en vue celle publiée dans Le Spectateur militaire t. VII, p. 7.

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