JOSEPH. — IL VEUT RÉOCCUPER MADRID
1" septembre, à revenir sur le Nord, pour le combattre. Laissant trois divisions en observation sur le Tage, il a cru marcher à de faciles victoires; il s'est heurté au château de Burgos, une bicoque à peine palissadée, qui l'a arrêté trente-cinq jours et qu'il n'a pas prise. Clausel eût attaqué ; Souham qui, par une étrange fantaisie de Masséna^ a remplacé Clausel, n'ose pas, bien qu'il ait été rejoint par les 10.000 hommes venus de France et dix mille détachés de l'Armée du Nord. Le 18 octobre, Wellington lève le siège du château de Burgos, mais il est suivi par l'Armée de Portugal où Foy et Maucune se distinguent et il finit par s'établir sur les hauteurs de Rueda où il se couvre de retranchements.
L'occasion est admirable : Joseph, peut, en écrasant Wellington, venger les Arapiles, sauver l'Espagne ou donner tout le moins à l'évacuation, si elle est décidée, le prestige d'une victoire. Que fait-il?
Le 3 octobre, à Fonte de la Higuera, après s'être expliqué, comme on a vu, avec le duc de Dalmatie, il lui a, dans une conversation particulière, demandé son opinion sur la situation des affaires. Soult l'a
' C'est un épisode des plus étranges. Clarke écrit à Josepli le 4 octobre : « Quand le prince d'Essling a vu que sa santé ne lui permettait pas d'entrer en Espagne pour prendre le commandement de l'Armée de Portugal, il a envoyé un courrier extraordinaire au général Souham, qui était aux eaux dans le Midi, pour le mettre à la tête des renforts destinés pour l'Armée de Portugal ; mais les renforts sont partis avant l'arrivée de ce général à Rayonne parce qu'il s'est fait attendre. C'est avec un second convoi que le général Souham entre en Espagne. Il résulte de cette démarche du prince d'Essling, que je n'ai pu ni prévoir ni ordonner, que le commandement en chef de l'Armée de Portugal appartient au général Souham comme au plus ancien général de division de cette armée. »
refusée, disant qu'il attendait des ordres, que, quant à son opinion, il la donnerait par écrit. Joseph est alors rentré à Valence et a prié les trois maréchaux, Soult, Suchet et Jourdan, de rédiger leur avis. Soult a proposé de réunir aux Armées du Centre et du Midi une partie de l'Armée d'Aragon — au risque de laisser prendre Valence par les Anglo-Siciliens — et de placer Wellington, démuni des trois divisions laissées sur le Tage au commandement de Hill, entre ce gros d'armées et les Armées de Portugal et du Nord qui marchent à lui. Suchet, qui, comme Soult hier, ne voit que « sa principauté souveraine », a demandé une division de l'Armée du Centre pour conserver à tout prix l'Aragon et Valence. Jourdan, trop bien rente pour n'être pas courtisan, et trop bon courtisan pour ne pas deviner la pensée du roi, a opiné que Suchet gardât Valence avec ses seules forces et que les deux autres armées marchassent sur Madrid. Joseph n'a pas hésité ; il a adopté, le 7 octobre, le plan que luimême a soufflé : pour un misérable intérêt dynastique — peut-on même appeler cela ainsi ? — il a abandonné la combinaison stratégique qui seule pouvait tout sauver ; mais il est roi, il veut jouer au roi, et il y veut jouer dans la capitale qui vient, par l'enthousiasme qu'elle a montré à Wellington, d'attester comme elle prise le roi français !
Soult a reçu les ordres. Il ne les exécute pas : le 8 il répond au roi en lui proposant de les révoquer, et il ajoute « des conseils, des projets, des prétentions. » Le 9, Joseph lui écrit : « Ce n'est plus le cas, Mon-