JOSEPH- — NOUVELLE ALTERCATION AVEC SOULT
sieur le maréchal ! Je me suis renfermé dans les droits de la commission que l'Empereur m'a confiée; je tâcherai d'en remplir les devoirs. Je dois désirer qu'à votre tour, vous vous renfermiez dans les devoirs et les droits de votre position militaire qui vous prescrivent l'obéissance. Je suis responsable des ordres que je donne; vous l'êtes de leur exécution ». Soult lui a dit le 3 qu'il serait prêt dans six jours; les six jours sont expirés et le maréchal en demande six nouveaux, quand sera-t-il prêt? En réponse, Soult, le 11, présente de nouvelles objections et va jusqu'au refus d'exécution. Le 12, Joseph réitère ses ordres, « à défaut de quoi, lui écrit-il, je vous ordonne de remettre le commandement de l'Armée du Midi au général d'Erlon et de vous rendre à Paris pour y rendre compte de votre conduite. » Le 13, il instruit le duc de Feltre de ce qu'il vient de faire, mais il n'ajoute pas que la résistance de Soult lient en partie à ce que, pour renforcer l'Armée du Centre, il a voulu retirer de l'Armée du Midi les 6 000 baïonnettes de la division Barrois et mille sabres. Le 14, de Chinchilla dont il s'est emparé le 9, Soult se justifie de son refus d'obéissance. « En soumettant ces observations à Votre Majesté, écrit-il, je n'ai jamais pensé qu^elle en inférerait que je ne voulais pas lui obéir. » Il a donné lui-même les ordres de marche à des troupes « qu'il ne pensait pas pouvoir défalquer de l'Armée du Midi sans un ordre de l'Empereur », mais, selon les instructions qu'il vient de recevoir du roi, il les lui envoie. S'étant ainsi soumis sur un point qui pouvait
donner lieu à discussion, il prend son avantage en reproduisant ses arguments contre le plan de campagne adopté par Joseph. « Si j'ai insisté avec trop de chaleur, écrit-il, c'est que je suis encore pénétré de ce que Votre Majesté me fît l'honneur de m'écrire de Toboso, le 17 août, que son intention était de former, de l'Armée du Midi, de l'Armée du Centre, de l'Armée d'Aragon et de l'Armée du Portugal, un tout tellement compact que l'ennemi ne pût résister à son impulsion. J'applaudis sincèrement à cette pensée dans laquelle je crus reconnaître celle de l'Empereur et j'en tirai l'augure de succès éclatants ». Dès lors, n'a-t-il pas été en droit de s'étonner lorsque, en recevant la dépèche du 7 octobre , il a vu que le roi avait renoncé à former le corps compact dont il avait parlé, que FArmée d'Aragon ne prenait plus aucune part aux opérations et que l'Armée du Midi qui, d'après le plan primitif, formait le corps principal, allait être réduite.
Joseph ne veut ni s'avouer convaincu, ni renoncer à la scène de royauté qu'il veut jouer. Mieux Soult démontre que le plan primitif est le seul logique et le seul militaire, plus Joseph s'enfonce dans sa résolution de rentrer à Madrid, plus il nourrit de haine contre celui qui le contrarie. De Requena, où il s'est porté, il adresse à Glarke une dénonciation nouvelle contre l'homme qu'il a embrassé quinze jours auparavant : « Sous beaucoup de points de vue, écrit-il, il est urgent que l'Empereur donne une autre destination à M. le duc de Dalmatie et le remplace par un militaire qui