‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 207 sur 213 · JOSEPH. — MARCHE SUR MADRID · texte numérisé non relu

JOSEPH. — MARCHE SUR MADRID

ne s'occupe que de son métier et ne laisse par entrevoir aux g-ens soupçonneux, par sa conduite, par ses discours, par ses alentours, qu'il nourrit d'autres désirs et d'autres espérances que -celles d'un maréchal commandant une armée de l'Empereur sous les ordres de son frère. » Il accuse Soult de s'être formé, dans le midi de l'Espagne, une principauté ou un royaume et, l'attaquant au point qu'il juge le plus sensible, « comme l'Empereur a besoin d'argent, écrit-il, je ne doute pas qu'il en trouve à l'Armée du Midi, s'il envoie des ordres et des commissaires ad hoc ».

Lorsqu'il avait raison contre Soult, Joseph lui pardonnait et, lorsqu'il a tort contre lui — tort en même temps contre le bon sens, les premières notions du métier, tort contre la France et lEmpereur, — il le charge et veut son rappel. Mais cela est humain, cela est naturel chez cet homme qu'a si bien gâté la fortune de son frère qu'une contradiction raisonnée lui semble plus grave qu'une accusation de trahison.

Il poursuit sa marche. Le 23, à Guença, il rejoint d^Erlon auquel il donne à commander les 46 000 hommes de l'Armée du Centre; le 27, il est à Tarancon, en présencee de Hill qui bat en retraite avec ses divisions anglo-portugaises et les corps espagnols ; il ne le suit pas, n'essaie rien pour le couper et le détruire; Madrid l'attend et son trône l'appelle; le 30, il fait rétablir les ponts d'Aranjuez, et le 2 novembre Sa Majesté Catholique fait sa rentrée dans sa capitale.

A quoi bon ? Pourquoi faire? Pour jouer au roi? Pour entendre les compliments grotesques d'une municipalité de rencontre? Pour étaler une clémence qui lui coûte peu, mais qui ne rapporte rien à la France? En vérité, la sottise serait trop forte, si l'on ne pensait que cet homme de quarante-cinq ans est resté un étrange amoureux. Il en coûte TEspagne, car, grâce à cette admirable combinaison, Hill a fait sa jonction avec Wellington.

D'ailleurs, ces joies — royales et autres — sont brèves. Si infatué qu'il soit de sa royauté, Joseph a compris qu'après en avoir joui, il doit au moins faire semblant de la gagner. Le 4, il repart. Dans la nuit du 4 au 5, il traverse le puerlo de Guadarrama ; le 6, il est à Arevalo, où il reçoit les premières nouvelles de l'Armée de Portugal; le 10, la jonction faite, il dispose de 97 000 hommes, dont 10 000 de cavalerie, et de 120 canons. Les Anglo-Portugais, avec Hill et les corps espagnols, en ont à peine 70 000. L'occasion deux fois perdue se retrouve sous sa main. C'est le moment, pour tout autre, de combattre et de vaincre; c'est le moment pour Joseph de désorganiser et de réorganiser ses trois armées. Il a donné à d'Erlon, pris à Soult, le commandement de l'Armée du Centre; il le lui retire et, destituant de son chef Souham, il met d'Erlon à l'Armée de Portugal, puis il réunit l'Armée du Centre à l'Armée du Midi et, « voulant donner au duc de Dalmatie une preuve de son estime et de sa confiance, il le charge du commandement général. »

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