‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 209 sur 213 · JOSEPH. — SES RÉCLAMATIONS ET SES DEMANDES · texte numérisé non relu

JOSEPH. — SES RÉCLAMATIONS ET SES DEMANDES

ces trois hommes n'est capable de reconnaître qu'il ait eu le moindre tort et, de leur part à tous trois, c'est un concert discordant d'apologies — mais celles de Joseph sont les plus audacieuses.

Il accable l'Empereur de ses demandes et de ses récriminations. S'il n'a pas gagné la partie, vaincu et détruit Wellington, aboli les guérillas et pacifié l'Espagne, c'est que Soult y a mis obstacle et il ne saurait plus sous aucun prétexte servir avec le duc de Dalmatie ; c'est qu'il a eu de mauvais généraux de cavalerie, et il faut qu'on les lui change; c'est que son armée était trop faible et mal payée, et il faut qu'elle soit soldée sur le Trésor impérial, qu'on lui envoie des conscrits, des chevaux, des mulets et des munitions ; c'est que le maréchal Jourdan avait des égaux en grade, et il ne faut à l'armée que ce maréchal à cocarde espagnole, auquel tous les chefs de , corps doivent être absolument subordonnés et obéissants. « Il ne doit pas taire à l'Empereur que, s'il ne s'était pas vu forcé à dissimuler avec le duc de Dalmatie et à transiger avec ses passions et son caractère, les affaires seraient plus avancées. » Il peut moins que jamais exister sans le prêt mensuel que lui fait la France. « Il est de la dernière urgence, qu'on le mette au courant de ce qui lui est dû jusqu'à ce moment. » Et il demande encore des récompenses, des grâces, des faveurs d'exception, non pas pour les soldats français, mais pour les espagnols, pour ses deux neveux Marins Clary et Henri Tascher — ceuxlà qui les premiers ont quitté la cocarde tricolore et

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qui voudraient, en conservant leur grade d'Espagne, rentrer au service de France : « L'un et l'autre sont deux anciens et excellents colonels »; pour le maréchal Jourdan, « qui a rendu à l'Empereur des services constants en entourant des lumières de sa vieille expérience le général en chef que Sa Majesté a donné à ses armées dans la Péninsule », « qui a montré autant d'audace et de résolution dans les circonstances décisives que de mesure et de prudence dans les mouvements journaliers », enfin pour le ministre de la Guerre du royaume d'Espagne, le général O'Farill, qui mérite à tous égards un témoignage de la satisfaction impériale. Lui-même, si les événements ramènent l'Empereur à Paris pendant l'hiver, sollicite la permission de venir l'y voir un instant. « Les affaires n'en souffriraient pas en Espagne oii, d'après les dispositions qu'il a prises, 80 000 Français peuvent être réunis dans cinq jours ; d'ailleurs, l'ennemi a perdu plus de 20 000 hommes depuis le début de la campagne; on a déjà mis en route pour la France plus de 3000 prisonniers et il en arrive tous les jours. »

De Glarke, le 30 novembre, il exige, du ton qu'aurait pris Bonaparte après Arcole, des chevaux, des munitions, des conscrits, des fonds, des souliers, des habits, de l'artillerie de siège et des officiers, car, « si la guerre du Nord continue, il est hors de doute que l'Angleterre doublera d'efforts sur la Péninsule au printemps prochain » ; et il entend que le général de l'Armée du Nord lui envoie ses situations et ses rapports, qu'il reçoive et fasse exécuter ses ordres;

JOSEPH. — CE QUE TENSE NAPOLÉON Mo

car, Dour un général tel que lui, ce n'est pas assez de trois armées à commander; il en faut quatre. C'est pourquoi d'ailleurs, il crée, près de sa personne, un état-major général pour les armées réunies sous son commandement, et il le compose d'officiers de son choix, la plupart naturalisés espagnols, n'ayant jamais été commissionnés dans les Armées françaises et ne tenant pas leur grade de l'Empereur (20 novembre).

Que pense pourtant Napoléon, comment envisaget-il le problème et de quels éléments dispose-t-il pour le juger?

Au moment où il a quitté Paris, ses idées surTEspagne n'étaient pas plus fixées qu'elles ne l'avaient été depuis 1809, oii, en fait, il laissait les choses aller au jour le jour, sans se résoudre à la saule solution pratique, l'abdication de Joseph. Il n'était pas même arrêté à conserver la Catalogne, puisqu'il avait suspendu la publicité des décrets de réunion et d'organisation et qu'il paraissait consentir à garantir l'intégrité du territoire espagnol en vue d'une négociation avec les Anglais, de la réunion des Cortès et de l'acceptation par Joseph de la constitution de Cadix. Il a réservé, peut-on croire, le règlement définitif pour son retour de Pologne oij il comptait n'avoir besoin que d'une campagne. « Au retour de Pologne, a écrit le 16 avril, Berlhier à Marmont, Sa Majesté ira en Espagne. » Jusque-là, tant bien que mal, on se soutiendra sans doute, sans grand échec, sans grande victoire, pourvu qu'on ait de la prudence et quelque chance.

Joseph — étant donnée la confiance que, malgré tant d'expériences fâcheuses, Napoléon conservait en son génie — pouvait aussi fort bien en finir avec ces affaires. Il s'en disait certain pourvu qu'on lui laissât les mains libres et qu'on lui accordât trois choses : d'abord le commandement général; il l'a — « l'Empereur désire, lui a écrit Berthier le 16 avril, que Votre Majesté agisse avec vigueur et qu'elle se fasse obéir » ; — ensuite des soldats : — « Les troupes françaises en Espagne sont très nombreuses et Votre Majesté a le pouvoir de les diriger », a écrit Berthier en annonçant de nouveaux renforts; — enfin de l'argent : — « Les convois de fonds se succèdent avec exactitude de mois en mois », a écrit Berthier, et l'Empereur a accordé au roi le tiers de la contribution de 30 millions dont Valence a été frappé, « ce qui doit lui rendre environ 16 millions ». L'Empereur a donc donné ce que Joseph lui a demandé, mais il n'a rien donné de plus. Volontairement ou non, il a laissé dans le vague les attributions du commandant en chef, il a négligé de régler ses droits sur les divers commandants d'armées, il a maintenu à ceux-ci leur autonomie relative ; il a même, sans en prévenir Joseph, détaché deux, peut-être trois armées de son commandement général. Il veut bien lui accorder une satisfaction, il n'entend pas lui abandonner une autorité dont il est jaloux, lui concéder un pouvoir qui pourrait le gêner par la suite. Les choses ainsi réglées, mal que bien, il n'écrira plus à son frère, il le laissera se débrouiller. Depuis le jour oîi l'Empereur a quitté Paris jusqu'au

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