JOSEPH. — CE QUE PENSE NAPOLEON
22 décembre, Joseph ne reçoit pas une seule lettre de lui.
Mais l'Empereur en écrit ou en fait écrire aux généraux placés nominalement sous les ordres de Joseph, De Dresde, le 28 mai, en même temps qu'il mande à Glarke : « Ecrivez au duc de Raguse que c'est le roi qui doit lui donner des directions », il entre dans le détail, fournit des avis, intime des ordres, combine un plan complet — et de même, après Marmont, fait-il pour Caffarelli et Lhuillier. Recevant ainsi des ordres de l'Empereur, quel cas les généraux feront-ils de ceux du roi, et, lorsque Caffarelli opposera ce que lui a commandé l'Empereur à ce que lui commande le roi, qui sera dans son tort ?
A proportion qu'il s'enfonce en Pologne, ses manifestations d'attention aux affaires d'Espagne deviennent plus rares et pjus brèves. De Wilna, le 8 juillet, une réserve à former dans les Pyrénées « qui puisse remédier à toutes les bévues de l'Armée du Nord », mais rien d'essentiel. Les communications sont si lentes et si incertaines que, le 29 août, Joseph n'a rien reçu ni de la Grande Armée, ni de la France depuis le 2 juin. C'est le 2 septembre, à Gjatz, que l'Empereur reçoit le premier rapport de Marmont sur la bataille du 22 juillet. « Vous ferez connaître au duc de Raguse en temps opportun, écrit-il aussitôt à Clarke, combien je suis indigné de la conduite inexplicable qu'il a tenue en n'attendant pas deux jours que les secours de l'Armée du Centre et de l'Armée du Nord le rejoignissent. » C'est comme un interrogatoire qu'il prévu. 32
pare en vue, dirait-on, d'une mise en jugement, tant les questions qu'il ordonne de poser à Marmont sont nettes et péremptoires, tant elles se lient et s'enchaînent pour démontrer sa culpabilité. Tout de suite, il a percé le néant de ce rapport dans lequel « il y a plus de fatras et de rouages que dans une horloge et pas un mot qui fasse connaître la vérité ». S'il est vrai que Fabvier, l'aide de camp de Marmont, arrivé le 6 septembre à Borodino, soit ensuite parvenu à présenter la défaite de son chef sous un jour difïerent, tant pis pour Fabvier. Marmont jugé et condamné, l'armée n'eût point subi la honte d'Essonne.
A Moscou, le 18 octobre au soir, arrive le colonel Desprez que Joseph a expédié le 9 septembre, avec ses dépêches et les lettres interceptées de Soult. D'abord, l'Empereur refuse de le recevoir, puis, au milieu de la nuit, il le fait appeler et, sans ouvrir ses dépèches, il le questionne et fait la critique des opérations. Le mouvement de Tx^rmée du Centre a été fait trop tard ; il aurait dû être fait un mois plus tôt; lui-même a dicté la conduite à tenir dans cette circonstance lorsque, en 1808, il a, sans hésiter, quitté Madrid pour marcher aux Anglais qui s'étaient avancés jusqu'à Valladolid; Joseph, après avoir appris la défaite de Marmont, devait se porter sur le Duero et rallier l'Armée de Portugal ; puis des reproches au sujet de l'abandon des défilés du Guadarrama, au sujet de la garnison sacrifiée au Retiro.
Quant aux lettres de Soult, l'Empereur en a déjà, par une autre voie, reçu un duplicata. Il n'y a attaché