DÉCRET DU 25 AVRIL
seule en jeu, mais depuis quand est-elle incommutable et, après tant de variations qu'elle a subies et qu'elle doit subir encore, pourquoi l'œuvre des hommes serait-elle, à ce moment précis, devenue divine ? « Animé du désir de rétablir l'ordre et la paix dans les Eglises catholiques situées dans son empire, dans son royaume d'Italie et dans les Étals de la Confédération du Rhin, au moyen d'une discipline conforme aux Saints Canons et, les circonstances actuelles exigeant que plusieurs points soient constatés et généralement reconnus w, l'Empereur convoque à Paris les archevêques et les évoques de sa domination ; mais leur assemblée ne pourra valablement délibérer que « sur les objets que le gouvernement proposera à ses délibérations et qui lui seront présentées par des commissaires nommés à cet effet, et ses résolutions ne seront exécutoires que du consentement de l'Empereur ».
Napoléon croit avoir pris ses précautions : lui seul assemble, propose, approuve. Tous les prélats qu'il trouvera en face de lui sont ses créatures. Il les a tirés de la captivité ou de l'exil, de la servitude et de la misère ; il les a choisis et désignés. Il a rétabli le culte dont ils sont les ministres ; il leur a rendu leurs églises et leurs palais ; il leur a assigné dans la hiérarchie impériale un rang distingué ; il leur a attribué des préséances illustres ; il leur a assuré une existence convenable. Par lui, le budget des Cultes a été, rien que pour la part du Trésor public, graduellement élevé des quatre millions de l'an XI aux
seize millions de 1811 ; par lui, les départements ont été invités à contribuer au supplément de traitement des évêques, les communes au supplément de traitement des curés et des desservants. Par lui, Ips donations aux fabriques ont été autorisées dans une mesure telle que le Bulletin des Lois est rempli de tels décrets. Par lui, ont été institués les impôts que l'Église perçoit sur tous les fidèles vivants ou morts et qui constituent un revenu que la vanité alimente au moins autant que la piété. Par lui, le clergé catholique a retrouvé en France, non pas tout ce qu'il avait perdu, mais tout ce que l'organisation nouvelle de la société civile a permis de lui rendre. « Je l'ai rétabli, disait Napoléon ; je le maintiens, je fais tout pour lui. Il est impossible qu'il ne me soit pas attaché. »
Une se rend pas compte que le clergé, en acceptant ses bienfaits, les considère comme lui étant dus et comme n'étant qu'une réparation, combien incomplète! des pertes qu'il a subies ; qu'il ne se tient obligé à aucune gratitude vis-à-vis de quiconque ne le rétablit point dans sa prééminence politique, ne lui rend point, en même temps que ses biens, sa place dans les Conseils de l'Etat. Le clergé, qui tolère tous les écarts du souverain réputé fidèle, ne se croit en rien obligé vis-à-vis du souverain réputé philosophe , qui se refuse à des pratiques extérieures et qui est soupçonné de manquer de foi. Sur le fidèle, même insurgé, l'Eglise a des retours qui, à un moment, lui rendent bien plus qu'on ne lui a pris. Sur le philosophe, fut-il un bienfaiteur avéré, l'Eglise ne saurait compter pour entre-