NAPOLÉON CROIT A L'ÉGLISE GALLICANE
prendre sur le temporel. Le philosophe suit une ligne politique ; il s'est attaché à une doctrine de gouvernement ; il sera, dans les limites que cette doctrine lui impose, prodigue de respect, d'argent et d'honneurs. Peu importe. Dès qu'il n'est pas de l'Eglise, il est hors de l'Eglise ; dès qu'il n'est pas ultramontain il cesse d'être catholique.
Napoléon croit avoir en face de lui une Eglise telle qu'était l'Église de France avant 1789. « Nous avons, a-t-il écrit, entendu rétablir la doctrine que l'Ecole de Paris, la Sorbonne et l'Eglise de France, surtout dans ses déclarations de 1G82, ont prise pour base de leur doctrine. C'est cette doctrine que nous avons reçue de nos pères, que nous avons voulu rétablir et que nous voulons maintenir. » A chaque occasion il l'a proclamé; les Articles organiques l'affirment et, depuis lors, pas un jour ne s'est passé qu'il n'ait déclaré que telle fut bien la base du Concordat. Vaine protestation : cette E.2:lise n'existe plus. Le Jansénisme, seul adversaire sérieux du Zélantisme, a glissé dans la folie prophétique et dans le Messianisme; le Gallicanisme, blessé à mort par le Schisme constitutionnel, a été achevé par le Concordat même. La doctrine ne trouve plus d'adhérents que parmi les prêtres demeurés, dans l'émigration, fidèles à la royauté, et, étrange rapprochement, parmi les prêtres constitutionnels réconciliés. De ceux-là, il n'y a point à parler puisqu'ils continuent à combattre le gouvernement impérial; quant à ceux-ci, ils constituent une minorité infime et découragée, sans autorité et sans influence,
Ils ont presque renoncé à lutter contre des propositions déjà secrètement admises par la plupart de leurs confrères et qui, demain, ouvertement enseignées et soutenues par toutes les violences de la polémique, attesteront la destruction par ceux-là même qui étaient préposés pour le défendre, du corps d'enseignement dont dépendait en France l'existence de la Religion catholique.
En rétablissant l'Eglise en France, le Premier Consul a cru établir une Eglise plus gouvernementale que celle de l'ancien régime, puisqu au lieu de tenir les bénéfices de bienfaiteurs à l'infini, les prêtres tiendraient du gouvernement toutes les places. Nul d'entre eux ne croit les recevoir de lui ; tous affirment qu'ils les doivent à leur évèque ; l'évêque même ne prend pas sa nomination de l'Empereur, auquel il prête serment, mais du Pape qui l'institue et le destitue.
En échange de biens dont l'abandon forcé a été compensé par une allocation budgétaire dont il suffisait à l'Eglise que le principe fut posé pour qu'elle sût donner par la suite aux applications tout le développement souhaitable, — en évaluant ces biens à 400 millions comme le faisait l'Empereur, l'État, en 4817, en payait la rente au denier vingt et en 1831 au denier dix, — en échange de la suppression d'un certain nombre de sièges épiscopaux, par quoi la représentation de la France au cas d'un Concile général se trouve d'ailleurs affaiblie d'autant, la Papauté a gagné le droit, constamment refusé par les Rois très chré-