‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 25 sur 213 · IL N'Y A PLUS DE GALLICANS · texte numérisé non relu

IL N'Y A PLUS DE GALLICANS

liens, de destituer des évêques légitimes. Par là, elle a été établie dans une domination à laquelle tant d'occurences étaient propices. Désormais, il n'est plus qu'une doctrine, la romaine : les théoriciens de son infaillibilité fourbissent leurs armes; les défenseurs des croyances qui, durant des siècles, ont fait la force de la France chrétienne, s'effacent et se terrent. Ceux qui, comme ïabaraud, osent encore prendre la plume, sont suspects d'impiété et sont persécutés par leurs supérieurs.

Quelles que soient les adulations envers l'Empereur et sa dynastie qui emplissent les mandements, les livres et les brochures des évêques et des prêtres (Lamennais lui-même y a excellé en 1808) elles ne comptent ni n'engagent. Il y a une phraséologie ecclésiastique oii les mots changent d acception, les termes de signification et les serments de sanction. Ceux qu'on prêle publiquement à l'Empereur sont de parade; ceux qu'on adresse mentalement au Pape sont seuls valides.

Isolés, ces hommes peuvent encore craindre de manifester une opinion qui les compromette, et la preuve en est que, depuis Fenlèvement du Pape, nul d'eux n'a parlé. Pie YII a excommunié l'Empereur, ses ministres et ses agents; Napoléon lient Pie Yll aux arrêts de Savone : tous les prêtres de France et d'Italie le savent ; aucun n'a témoigné qu'il le sût. Cardinaux, évêques et prêtres continuent à chanter messe devant l'excommunié, à recevoir ses libéralités et à bénir en lui « le nouveau Cyrus ». Mais qu'on

assemble ces individus qui, séparés, paraissent dociles, qui sont au moins timorés et accessibles ; qu'on les appelle à délibérer en commun; qu'on leur attribue un mandat, qu'on leur reconnaisse des droits de vote, tout de suite la discussion s'échauffe, l'éloquence monte les têtes ; les violents prennent la direction ; les résolutions qu'on propose semblent d'une efficacité illimitée ; le Saint-Esprit fait sa descente ; on est apôtre, on voudrait être martyr et l'on oublie du môme coup que longtemps on fut un homme et qu'on en a laissé des preuves. Il s'opère, à la suite, des retours imprévus, des besoins subits de confesser la foi et c'est de la part de ceux qui, par leur exaltation, leurs promesses et leurs adulations monarchiques, qui, par leur passé, les bienfaits qu'ils ont reçus et la généreuse amnistie dont ils ont été l'objet, semblaient donner le plus de gages que viennent les plus fâcheuses surprises.

L'Empereur persiste pourtant : c'est le seul moyen qu'il ait trouvé pour sortir de ses embarras ; c'est l'acheminement qu'il a imaginé vers son but; c'est enfin l'occasion de déployer des pompes qui agréent à son esprit en flattant son orgueil : une telle réunion ne peut manquer d'être imposante et somptueuse; elle frappera par sa nouveauté l'imagination des peuples ; elle apportera à la Cour impériale un élément inusité de splendeurs traditionnelles : l'Empereur fera coïncider le Concile d'Occident avec le baptême de son fils, et l'assistance des Pères du Concile à l'initiation chrétienne du fils de l'Empereur

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excommunié sera une suffisante rispote aux déclamations d'un Pape qui prétend mettre hors de l'Eglise, comme persécuteur des prêtres et comme usurpateur des domaines de saint Pierre, le souverain qu'entoureront, en une cérémonie d'un caractère doublement symbolique, les représentants de toutes les Eglises du Grand Empire. Et le fils de l'Empereur est le Roi de Rome : par le titre même dont il Ta revêtu, l'Empereur a proclamé l'abolition de la souveraineté temporelle : en participant au baptême du Roi de Rome, les Pères du Concile adhéreront donc à la dépossession du Souverain Pontife et à l'annexion des Etats de rÉglise.

L'enjeu n'est pas médiocre et le coup, rien que pour les gains accessoires, doit être tenté; mais les risques ne sont pas moins grands ensuite, et l'Empereur devra mener la partie sans choquer les consciences des catholiques et sans provoquer un schisme qu'il n'est pas en mesure de soutenir. Le Concile convoqué aura-t-il pour objet de prendre des dispositions abrogeant en matière de discipline une partie des prérogatives qu'a usurpées le Souverain Pontife, ou de fournir au Pape une autorité nouvelle en lui attribuant d'autant plus de droits sur le spirituel qu'il aura plus abandonné de ses prétentions temporelles? Pie Vil peut seul résoudre cette alternative et c'est pourquoi, à la fin d'avril, Napoléon envoie près de lui, à Savone, une délégation de son Conseil ecclésiastique, composé de M. de Barrai, archevêque de Tours, de MM. Duvoisin et Mannay évêques de Nantes et de Trêves et de

l'évêque de Faënza, patriarche nommé de Venise. Ils ont mission de lui présenter les lettres de vingt-neuf cardinaux, archevêques et évêques de l'Empire, exposant à quelles extrémités l'Eglise de France se trouve réduite par le refus des bulles d'institution ; ils doivent lui faire connaître les conséquences qu'entraînerait son obstination, et, au cas où il serait disposé à traiter, négocier avec lui deux conventions, « l'une relative aux affaires particulières de l'Eglise de France, c'est-à-dire principalement à l'institution des évoques, l'autre concernant les affaires g-énérales de la chrétienté et la personne même du Pape ».

C'est là que Napoléon veut en venir : « Nous accorderons au Pape, dit-il, le retour dans la métropole de Rome, pourvu qu'il nous prête le serment que prescrit le Concordat et que les papes ont toujours prêté aux empereurs. Dans le cas où il refuserait de prêter ce serment, nous ne pourrons consentir qu'il retourne à Rome, mais nous consentirons à ce qu'il aille résider à Avignon, que là il ait l'administration de tout le spirituel de la chrétienté, que les puissances chrétiennes qui voudront avoir auprès de lui des chargés d'affaires ou des résidents en soient maîtresses...; qu'il ait les honneurs souverains et la liberté de communiquer avec les Eglises étrangères. Quant à son temporel, deux millions seront assignés à son entretien. »

D'Avignon à Paris, le saut est médiocre et il sera bientôt fait si les établissements d'Avignon ne suffisent point à la Cour pontificale.

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