‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 26 sur 213 · LE PAPE ET LE CONSEIL ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

LE PAPE ET LE CONSEIL ECCLÉSIASTIQUE

Les évêques réussissent en la première partie de la négociation, celle dont ils sontcensésavoir été chargés par les évoques réunis à Paris ; ils se contentent de ce succès et n'osent pas même présenter la seconde proposition, la seule qui soit politique et qui intéresse réellement l'Empereur. Que voudraient-ils de plus? Le Pape s'est mis d'accord avec eux sur les conditions dans lesquelles l'institution, réserve faite du cas d'indignité, sera conférée aux évêques, si elle n'a pas été donnée par le Saint-Siège six mois après la nomination par l'Empereur; il a agréé une note dont il a discuté et arrêté leâ termes, dont il a autorisé les évoques à lever une copie, mais qu'il n'a point signée. Il leur a remis une lettre pour Feseli oii il a affirmé l'espérance que tout pourra se concilier et que la miséricorde divine ouvrira la voie à une concorde stable, conciliable avec ses devoirs.

Les négociateurs se contentent ainsi : eux-mêmes ne partagent point sans doute les grandes idées de l'Empereur, et, sans être attachés au temporel du Saint- Siège au point d'en considérer la possession comme indispensable à la Religion, ils ne sont pas empressés à en soulever la question devant le Pape et la subordonnent de fort loin à celle, plus instante à leur gré, du rétablissement de la paix dans les Églises. De celle-ci, ils croient emporter la solution, mais à peine sont-ils partis de Savone, le 20 mai à quatre heures du matin, que le Pape tombe en une sorte de convulsion; il se rétracte, il se lamente; on peut croire qu'il devient fou. (!lelte crise est tenue soigneusement

secrèle ; les évêques qui arrivent à Paris le 31 mai n'en savent rien, mais l'Empereur en a été instruit par le préfet.

On ne saurait admettre que cette scène a été inventée de toutes pièces. Dans quel intérêt l'eût-elle été ? Nul n'a cherché à nier que le projet présenté par les évêques eût été discuté et revisé par Pie ^11, et tout le monde est d'accord que, si le Pape l'a accepté, il ne l'a point signé. Le cas est-il donc unique où, ainsi pressé par le pouvoir séculier, un pape a montré des incertitudes, a admis un texte, a opposé ensuite une rétractation, est revenu sur ses pas et, après des agitations qui ressemblaient presque à la démence, s'est déterminé à apposer sa signature ?

Étant données les circonstances, l'Empereur ne saurait faire fond sur une adhésion que le Pape a retirée; alors donc que le voyage des évêques à Savone est connu de tous, il est contraint d'en taire le résultat et ce silence est pire que l'aveu d'un échec. S'étant flatté que, sur le point au moins de l'institution des évêques, il aurait gain de cause et que, en portant les concessions du Pape à l'enregistrement du Concile national, il obtiendrait ainsi une sorte d'article additionnel au Concordat que le Saint-Siège ne pourrait infirmer, il se trouve placé, par la rétractation du Piipe, dans la situation la plus fausse, car, d'une part, on sait qu'il a tenté de négocier avec Pie VII, on doit soupçonner que le Pape s'est montré intraitable, et, pour combattre cette opinion, il ne peut se prévaloir d'une note sans caractère authentique et de raflirma-

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