EMBARRAS DE NAPOLÉON
lion sans autorité de quelques évêques ; d'autre part, il s'est mis lui-même au pied du mur, et il a convoqué les prélats ; peut-il, après les avoir appelés de tous les points de l'Empire, les renvoyer sans explication dans leurs diocèses? Peut-il négliger cette occasion qu'il a provoquée de porter, dans une mesure au moins, un remède au veuvage des Eglises? Pourtant, à la première proposition qu'il présentera au Concile, celui-ci ne répondra-t-il pas : Quelle est l'opinion du Pape? Et que dire à cela? C'est bien l'avis du Pape qu'il fallait, puisque Napoléon Fa envoyé demander, et cet avis qu'on lui a rapporté, comment l'invoqueraitil ? Que faire alors, puisque la base d'opérations est coupée et que le plan de campagne est bouleversé? Il y a un instant de flottement : La machine mise en mouvement paraît bien énorme pour la médiocre besogne qu'on va lui demander. L'avortement paraît certain, quels que soient les termes mitigés qu^on emploie, car on en revient toujours à cette formule : « Régulariser l'ordre de l'Institution canonique et pourvoir à ce que désormais elle ne puisse être arrêtée par aucune autre cause que des empêchements canoniques opposés par le Pape aux impétrants. » Alors, en gardant le silence sur ce que les évêques ont rapporté, on s'ingénie, par des confidences adroites et des réticences discrètes, à insinuer que l'on est assuré de l'autorisation du Pape. Mais ceux qui se contenteront ainsi se passeraient vraisemblablement de l'autorisation, et ceux qui ne se contenteront pas ne tiendraient sans doute point compte de
celte autorisation, même authentique, même signée, si le Pape qui l'a donnée n'était pas matériellement libre. Sans cloute la position est mauvaise, mais point tant qu'on ne puisse en tirer quelque avantage. Si, les choses tournant au pis, le Concile se tient à demander l'avis du Pape en lui suggérant le sien, il n'en aura pas moins été réuni sur la convocation de l'Empereur excommunié, et les Pères n'en auront pas moins reconnu la destruction du pouvoir temporel. Ils auront, par une solennelle consultation, établi que les maux spirituels de l'Eglise de France tiennent aux préoccupations temporelles du Souverain Pontife. Quelle qu'en soit la forme, leur décret constituera pour le Pape une mise en demeure. Il n'est point dit que Pie VII se rendra à ce premier coup et que les Zelanti désarmeront, mais le Concile de 4811 sera un acheminement à un Concile nouveau qui prendra des résolutions plus fermes et qui, engagé qu'il sera lui-même par les délibérations antérieures, y insistera avec une autorité redoublée.
Seulement, si l'on ne veut point aller à un avortement, il faut manœuvrer. Pour présider le Concile l'Empereur aurait besoin d'un homme qui entrât résolument dans ses vues, qui se proposât le même but qu'il se propose, et qui se fût formé une opinion pour y parvenir ; qui occupât un rang assez élevé dans la hiérarchie et possédât sur ses confrères assez de prestige, pour leur imposer à tous sa direction ; qui, par son habileté manœuvrière, écartât les scrupules, ramenât les oppositions, relevât les défaillances.