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temporel qu'il annexa, il pourrait bien être porté à défendre le temporel de la Papauté par quelque espoir de le gouverner plus tard, mais ce n'est là qu'une impression lointaine qu'il subit par surcroît. 11 est féru des « observances légales » ; il tremble qu'on ne lui rappelle une apostasie, dont il n'a été relevé — s'il le fut — qu'à huis clos. Il est tout aux dévotions romaines, les poussant si loin qu'il croit aux nouveaux miracles et s'ébahit aux visions qu'on lui conte. La jalousie qu'il a de Maury et la crainte que celui-ci ne lui soit préféré pourront parfois l'engager à des démarches où Napoléon croira trouver la preuve de son dévouement, mais, placé entre son loyalisme impérial et son loyalisme papal, il courra à celui-ci avec la fougue d'un néophyte, la duplicité d'un Corse et, comme dit Pradt, « la lourdise » d'un Balois. Il n'a rien de ce qu'il faut pour présider une assemblée, ni le prestige d'une science profonde, d'un^ caractère éprouvé, d'une sainteté reconnue ; ni l'à-propos pour tourner les motions imprévues et enrayer les effusions désordonnées; ni l'initiative qui fait à propos dériver la discussion et met à néant les votes inconsidérés, ni la fermeté de main qui tient, groupés les sages et les indifférents pour opposer à l'occasion ceux-ci aux violents, lesquels autrement les entraînent. Il n'a rien de ce qu'il faut pour conduire les hommes, mais il a tout ce qu'il faut pour produire l'éparpillement des opinions, la confusion des délibérations, la contradiction des votes. Il ne sait ni ce qu'il veut, ni oii il va; par la faiblesse de son esprit il
FESCn^ PRESIDENT DU CONCILE 51
tourne selon le vent; par la crainte qu'il a de paraître rhomme de l'Empereur, il se range aux opinions les plus exagérées et, par l'obstination qui lui est naturelle, il ne démord point de l'opinion qu'on lui a suggérée et que sa vanité s'est appropriée.
Tête-à-tête avec Napoléon, il n'a, pour lui résister, et au besoin pour le convaincre, ni le prestige de l'aînesse, comme Joseph, ni les souvenirs des services rendus comme Lucien, ni l'adulatrice façon d'Elisa, ni l'affectueuse adresse de Pauline, mais quelque chose de l'entêtement de Louis etde sa consciencieuse maladresse. II prend l'Empereur à contre-sens ; il le fatigue d'observations inopportunes; il le porte à des accès de colère qui tournent en scènes fâcheuses des conversations commencées à l'amiable. Au reste, n'en doit-il pas être ainsi quand l'un des interlocuteurs cache à l'autre ce qu'il pense et ce qu'il désire ; qu'il le charge pourtant de la besogne essentielle, sans même s'être assuré qu'il n'a point affaire à un adversaire décidé ; et qu'il s'étonne ensuite que l'autre, loin de suivre ses voies, ait marché dans le sens contraire ?
Qu'y faire? Son Altesse Impériale Eminentissime a des droits : non seulement ceux qu'elle tient de l'Empereur, mais ceux que, grâce à l'Empereur, elle tient du Pape ; ceux qu'elle dit à présent tenir de Dieu. L'Empereur a rendu Fesch le premier du clergé de France ; il est bien obligé de le prendre ainsi et une fois de plus il constatera les avantages que lui a procurés le système de famille.
Dès les réunions préparatoires, Fesch, s'il eût marché de bonne foi, eût discerné l'obstruction que tenteraient les ultramontains, mais lui-même est dans leur jeu. Plus qu'autre il a contribué à faire exclure du Concile les évêques nommés et non institués. De son chef, il a choisi M. de Boulogne, évèque de Troyes, pour prononcer le sermon d'ouverture, et si M. de Boulogne se distingue à présent par les hyperboles adulatrices de son zèle oratoire, au point que son mandement sur la naissance du Roi de Rome soit à signaler entre tous les morceaux de ce genre, il se montra jadis un des polémistes les plus violents pour la défense des doctrines romaines. Fesch a lu et il a approuvé ce sermon qui est une affirmation enthousiaste de respect, d'amour et d'obéissance au Saint-Siège. Après ce morceau d'ouverture, il prononce d'une voix très haute le serment d'obéissance au pontife romain, successeur de Pierre, prince des Apôtres et vicaire de Jésus-Christ; il exige le même serment des cent neuf évêques présents, au point de le faire répéter par ceux qui ne le débitent pas assez distinctement à son gré ou qu^il soupçonne de quelque tendresse pour les doctrines gallicanes.
Ce serment a été prévu par le cérémonial et sans doute ne s'applique-t-il qu'au spirituel, mais l'insistance de Fesch et l'afTeotation de plusieurs évêques à en marquer la solennité, donnent à la prestation le caractère d'une manifestation concertée. L'Empereur s'en émeut et, sans en faire directement reproche à son oncle, il s'en prend à ce titre illégal et anti-concor-