LE SERMENT AU PAPE- — LE DISCOURS DE BIGOT
dataire de primat des Gaules, à la prétention que Fesch a émise d'assumer, de ce chef, la présidence, en paraissant dédaigner la désignation reçue de lui. Quant aux membres de son conseil ecclésiastique, il leur demande si le serment qu'ils ont ainsi renouvelé au Pape, n'est pas, vu les circonstances, contradictoire à celui qu'ils lui ont prêté à lui-même lors de leur sacre.
Mauvaise dès le premier jour, la situation devient pire après le discours que Big'ot de Préameneu, ministre des Cultes et commissaire de l'Empereur, prononce dans la Gong'rég'ation générale du 20 juin. Bigot attaque la prétention du Pape « d'être l'évêque universel, de pouvoir renvoyer tous les évêques, d'être au-dessus de tous les souverains, des conciles et de toutes les Eglises ». Il invite les Pères du Concile à « prendre des mesures pour que, vu la déchéance oi^i est tombé le Concordat, il soit pourvu à la nomination et à l'institution des évêques ». Ses attaques contre le Pape ne sont ni ménagées, ni discrètes, et, bien qu'elles soient un écho, peut-être afTaibli, des déclarations des Parlements et de la Sorbonne, le chemin parcouru depuis 1789 est tel que l'exposé des doctrines gallicanes produit l'efïet de déclarations hérétiques.
L'opposition se manifeste dès que le Concile a formé une commission pour rédiger l'adresse en réponse au discours de l'Empereur. Bien que les opposants semblent en minorité — car on ne voit paraître s'agiter et discourir que l'archevêque de Bordeaux,
du Bois-Sauzay, l'évèque de Gand, Maurice de Broglie, et l'évèque de Tournay, François-Joseph Hirn — ils correspondent si bien, quoiqu'en l'exagérant, au sentiment de la presque unanimité des Pères du Concile, qu'ils ne peuvent manquer de les entraîner hors des voies de prudence que la plupart avaient résolu de suivre. Le Schisme constitutionnel est trop proche pour que les déclarations au sujet de l'unilé avec le Saint-Siège et des droits imprescriptibles de la Papauté manquent leur effet. Les uns s'épouvantent qu'on puisse les croire encore constitutionnels, les autres se font gloire de ne l'avoir jamais été. Fesch est le premier à adhérer à des résolutions qui, mettant d'abord en question la compétence du Concile, font directement échec à l'Empereur. Toutefois, il est assez prudent pour détourner des propositions qui eussent engagé la lutte formelle entre l'Empereur retenant le Pape en captivité et l'Épiscopat réclamant la liberté du Pape.
Sans doute, l'Empereur a écrit plus tard : « Une action qui eût honoré le Concile et l'eût accrédité dans l'opinion eût été une démarche solennelle de cette assemblée en faveur du Pape ; » mais si le Concile se fût risqué à demander la mise en liberté de Pie VII, il n'est guère à présumer que « l'Empereur, comme il l'a dit, eût reçu cette adresse sur son trône, entouré de sa cour, du Sénat et du Conseil d'Etat; qu'il eût déclaré que le Pape avait toujours été libre dans l'évêché de Savone, qu'il était maître de retourner à Rome pour y exercer ses fonctions spirituelles; « la