L'ADRESSE DU CONCILE
restriction qu'il y eût aussitôt portée eût d'ailleurs infirmé ces allégations, puisqu'il eût demandé que, d'abord, le Pape reconnût le pouvoir temporel existant et « qu'il promît de ne rien faire, en France, de contraire aux quatre propositions de Bossuet et, en Italie, aux usages et prérogatives de l'Eglise de Venise ».
C'étaient là les demandes que M. de Barrai, tout dévoué qu'il fût, n'avait pas même osé présenter au Pape et auxquelles nul évêque n'eût été assez fermement gallican pour adhérer. Par là, la lutte eût été engagée ouvertement entre l'Empereur et le Concile, mais l'hypothèse ne se pose pas ; l'Empereur n'eût point reçu les Pères du Concile, puisqu'il ne voulut pas même qu'ils lui remissent officiellement l'adresse qu'ils avaient votée : et pourtant, dans celte adresse, ils énuméraient les bienfaits du Concordat et ceux que, par la suite, l'Empereur avait constamment répandus sur l'Eglise ; ils affirmaient leur adhésion aux Quatre articles de la déclaration du clergé de 1682, ils posaient nettement les bornes entre les deux puissances, mais ils avaient exclu l'article sur l'excommunication et atténué les expressions de réprobation que l'Empereur leur avait suggérées.
Ce refus de recevoir l'adresse ne termine rien et présage tout. Par là, l'Empereur a cru faire sentir la bride au Concile ; il a donné en fait un échec aux modérés qui ont eu tant de peine à faire passer, contre les violents, des déclarations qui sentaient le gallicanisme. Il les a découragés et désarmés. Lorsque la Commission de l'adresse, transformée en Comité de
préparalion des décrets du Concile, se réunit de nouveau, il n'est pas difficile de voir que les ultramonlains ont pris le dessus. Au milieu des rétractations, des réticences, des votes acquis puis retirés, des violences partant en fusée, des subtilités théologiques qui remettent tout en question, des citations qu'on improvise de textes sacrés ou glorieux, Fesch perd la tète. 11 est conduit par ceux qu'il devrait mener; entraîné par la minorité qui déclare la guerre à TEmpereur, il ne peut ou ne veut faire agir la majorité qui ne demande, pour rester raisonnable et fidèle, qu'à trouver un chef. Pris entre ces deux sentiments, l'un de surface, l'autre de profondeur, la crainte qu'il a de l'Empereur, la conviction qu'il se doit au Pape, il hésite, tergiverse et, entre deux décisions, s'arrête toujours à la moins opportune et à la plus nocive. Il est de ces généraux qui s'ingénient pour reperdre la bataille que le hasard leur a fait gagner.
Il a admis que le Comité déclarât l'incompétence du Concile; il vient annoncer à l'Empereur que, « avant de se prononcer sur les questions qui lui sont proposées, le Concile ne peut se dispenser de solliciter de Sa Majesté la permission d'envoyer au Pape une députation qui lui expose l'état déplorable des Eglises de l'Empire français et du royaume d'Italie et qui puisse conférer avec lui sur les moyens d'y remédier. » Napoléon, quoiqu'il doive prévoir le coup puisqu'il a tenté d'y parer en sollicitant l'assentiment préalable du Pape, reçoit mal son oncle qui n'a point su esquiver la difficulté; mais il se reprend bientôt et il