‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 32 sur 213 · EXPÉDIENT QUE PROPOSE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

EXPÉDIENT QUE PROPOSE L'EMPEREUR

dicte à l'évêque de Nantes, d'abord un exposé de motifs, 011 il enchaîne avec une rigoureuse logique le droit de nomination qui lui appartient avec l'obligation d'instituer qui incombe au pape et où il évoque, pour la première fois, le consentement obtenu du Pape par la délégation du Conseil ecclésiastique ; puis un projet de décret à faire voter par le Concile, oij, revenant sur les cas d'institution et les précisant, il admet que « Sa Majesté sera suppliée par le Concile de permettre à une députation d'évêques de se rendre auprès du Pape pour le remercier d'avoir, par cette concession, mis un terme aux maux de l'Eglise ». Ainsi, ce ne sera plus le consentement préalable du Pape que le Concile sollicitera ; ce consentement, l'Empereur le déclare acquis et ne le laisse point mettre en doute; le Concile remerciera le Pape de l'avoir accordé : comme, en fait, ce consentement sera invoqué dans le décret, ne sera-ce pas, de la part du Concile comme de la part de l'Empereur, la reconnaissance du droit du Pape? Seulement, étant donnée la rétractation de Pie VII, n'est-on pas bien osé de le remercier de ce qu'il n'a point accordé et, au cas qu'il le déclare, dans quelle position mettra-t-il l'Empereur?

La question n'est pas soulevée. Le Comité s'en rapporte aux évèques qui ont été à Savone, et, sauf deux voix, il accepte le décret : le vote est acquis ; il est positif et accompagné de toutes les formes. Puis, certains ont des scrupules et, par une étrange complaisance, Fesch admet que le Comité revienne sur le vole émis, qu'il détruise le lendemain ce qu'il a

édifié la veille : il va rendre compte de ce revirement à l'Empereur, qui en reçoit la nouvelle d'un air fort calme ; son parti est pris pourtant, mais, pour le signifier, il attend de voir si les factieux l'emporteron t à la Congrégation générale. Lorsqu'il apprend que l'évèque de Tournay est, avec l'évêque de Troyes, chargé du rapport, il n'hésite plus. S'il ne fait pas, comme en brumaire, entrer les grenadiers dans la salle des séances, au moins prend-il un décret pour dissoudre le Concile et fait-il enlever et conduire à Vincennes trois des meneurs : de Brooflie, Boulogne et Hirn. A cause de son grand âge, l'archevêque de Bordeaux est épargné, quoiqu'il se soit montré le plus violent.

Ce n'est point pour leur opposition que ces évêques ont été arrêtés, a dit Napoléon, mais « parce qu'ils étaient entrés dans des intrigues et des correspondances avec les agents du cardinal Pietro pour établir des vicaires apostoliques, ce qui était un attentat contre la liberté de l'Eglise gallicane et contre l'Etat». Cela semble douteux; ces évêques s'étaient associés aux menées de M. d'Astros et à la publication de la Bulle d'excommunication : on en a trouvé la preuve dans leurs papiers saisis ; rien de plus. Savary, làdessus, est très net. L'Empereur cherche vainement des défaites : ce qu'il a voulu, ça été briser l'opposition, épurer le Concile à la façon des Cinq Cents, certain qu'ensuite il le trouverait docile.

Toutefois il n'entend pas retomber dans les péripéties, et, avant d'autoriser que le Concile se réunisse

Page 1