‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 34 sur 213 · NOUVELLES CONCESSIONS DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

NOUVELLES CONCESSIONS DE L'EMPEREUR

statuer sur l'institution des évêques en cas de nécessité fut adopté à mains levées et, par un second décret, les règles proposées pour conférer l'institution furent votées de même, sous la réserve que le décret serait soumis à l'approbation du Pape et, qu'à cet effet, l'Empereur serait supplié de permettre qu'une députation de six évêques se rendît auprès du Saint-Père pour le prier de confirmer un décret qui seul pouvait mettre un terme aux maux de l'Empire français et du royaume d'Italie.

Ainsi, Napoléon, en mettant de côté ses griefs légitimes, en abandonnant à propos des prétentions qui eussent compromis l'essentiel, en trouvant dans la fertilité de son esprit les bases d'accord qui, sans l'étrange pusillanimité de Fesch, eussent assuré le succès immédiat, en reprenant la direction et en faisant alors une concession inespérée, a accordé au Pape une satisfaction majeure qui, vraisemblablement, est sans danger, qui nourrira la négociation et pourra l'amener au point qu'il juge opportun. Et c'est pourquoi encore il rend au Pape l'apparence au moins du conseil que celui-ci réclame. Il fait enjoindre à un certain nombre de cardinaux et de prélats, choisis parmi ceux qui ne sont pas des opposants déclarés, de se rendre à Savone. Le Pape ne résiste point à cet ensemble d'efforts : par un bref en date du 20 septembre, il approuve explicitement le second décret du Concile, et, par une lettre du 24, adressée personnellement à l'Empereur, il annule implicitement l'excommunication qu'il a fulminée.

Quoi qu'on ait dit sur la médiocrité des résultats que Napoléon avait obtenus du Concile, si fort qu'on ait loué la glorieuse résistance des évêques, le courage de Fesch et la victoire finale du Pape, l'Empereur pouvait se contenter avec ce qu'il avait gagné. D'abord, il doit compter que l'application du second décret du Concile supprimera la plupart des dissensions dans les Eglises de l'Empire ; ensuite, les évêques ont unanimement adhéré aux Quatre articles de la déclaration du clergé de 1682; ils ont sans doute aussi reconnu et proclamé la suprématie spirituelle du Pape, mais oii et quand ont-ils confondu avec elle la souveraineté temporelle? Ils n'ont émis aucune protestation au sujet de l'annexion de Rome et des Etats de l'Eglise; qu'ils ont, peut-on dire, validée en assistant et en participant au Baptême du Roi de Rome. Les cabaleurs les plus violents, en réclamant la liberté du Pape, n'ont pas osé alléguer que l'exercice de sa puissance spirituelle pût être subordonné à sa réintégration dans l'exercice de sa puissance temporelle. Le premier pas est donc fait et ce terrain est acquis. L'Empereur disait avoir gagné une autre cause : « Il avait, a-t-il écrit, établi la puissance spirituelle du Pape en France; il n'avait voulu profiter des circonstances, ni pour créer un patriarche, ni pour altérer la croyance de ses peuples. » Cette victoire-là est illusoire; à moins que Napoléon n'ait voulu dire qu'il l'avait remportée sur lui-même, car il n'avait point à tirer vanité d'avoir établi une puissance spirituelle qu'il aurait vainement combattue.

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