‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 35 sur 213 · RÉSULTAT DU CONCILE · texte numérisé non relu

RÉSULTAT DU CONCILE

L'aulre conquête est plus effective, mais, en voulant la faire confirmer immédiatement par celui-là môme qu'il a virtuellement dépouillé, l'Empereur paraît s'exposer à en perdre le bénéfice. Mais ne voit-il pas plus loin? N'a-t-il pas l'arrière-pensée de laisser la querelle ouverte pour se ménager, dans le traité de paix définitif, des avantages majeurs auxquels il ne saurait prétendre aujourd'hui et dont il risque de perdre les bénéfices par une paix bâclée ? Telle peut bien être sa façon de voir lorsqu'il soulève une prétention qui, à coup sûr, est soutenable en droit, mais qui, en fait, remet tout en question.

Aucune réserve n'ayant été formulée, ni par le Concile dans son décret, ni par le Pape dans son approbation, l'Empereur se lient en droit de prétendre que le décret ainsi approuvé s'étend à tous les territoires qui ont été ou qui pourront être réunis à l'Empire ou au royaume d'Italie « hormis l'évêché de Rome qui n'y a pas été compris ».

Ce sont tous les évêchés des États vénitiens, des Etats pontificaux, du ci- devant royaume d'Etrurie, des Légations, de la Hollande, des Villes anséatiques, du grand-duché de Berg et de l'Illyrie. Par là, une seconde négociation se greffe sur la première, et cellelà n'était que jeu d'enfant près de celle-ci. Ce n'est plus seulement la puissance temporelle de l'Eglise qui est mise en question, c'est une puissance qui participe aussi du spirituel. Si le Pape a consenti à des modifications dans la discipline, il en était maître; mais, sur l'aliénation du domaine de saint Pierre, il

est tenu par les conslitulions apostoliques de Pie V qu'il jura d'observer lors de son premier consistoire. Telle est en efTet la réponse qu'il fait, en réclamant d'ailleurs, pour les consulter, les cardinaux qui lui ont été enlevés et que l'Empereur tient aux arrêts.

C'est la fin de cette période de la négociation. Au début de février 1812, la députation des évêques quille Savone et est suivie par les cardinaux que l'Empereur y avait envoyés. Le préfet de Montenolte est chargé de remettre à Pie VII la note allière et violente oii, après l'avoir repris sur tous les points de doctrine, l'Empereur en arrive à lui indiquer son abdication comme l'unique remède : « Pourquoi, ditil, [le Pape] ne descend-il pas, de sa propre volonté de la chaire épiscopale, pour la laisser occuper par un homme plus fort de tête et de principes, qui répare enfin tous les maux que le Pape a faits en Allemagne et dans tous les pays de la chrétienté? »

Pour le moment, l'Empereur entead laisser le Pape sous cette impression de terreur. Il va partir pour l'expédition contre la Russie. Quand il reviendra en triomphateur des confins de l'Asie, après avoir emporté la dernière citadelle qui lui résiste sur le continent, il reprendra l'affaire au point oii il la laisse ; il réunira en 1813 un nouveau Concile et « les choses y seront menées de manière que le Pape demande à se mettre lui-même à la tête ». Mais, pour s'assurer qu'alors les Pères se rendront plus empressés et plus dociles, il entend les mater d'abord et leur faire sentir son joug. Les évêques incarcérés sont

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