‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 41 sur 213 · PAULINE ET MADAME A AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

PAULINE ET MADAME A AIX-LA-CHAPELLE

pour tous les dévouements qu'on requiert, car la princesse est une infirme. Sa vie, dont l'amour faisait l'occupation, se trouve attristée par les précautions qu'on lui commande et, si souvent qu'on l'égale à Vénus, elle trouve pourtant une différence de la ceinture qu'on prête à la déesse à celle que lui fabrique M. Delacroix, bandagisle herniaire.

La maison de Madame est son refuge et elle ne se déplaît point à la vie toute simple qu'on y mène, où les bains qu'on prend, le temps qu'il fait, les promenades qu'on projette, fojit le principal objet de la conversation quotidienne; mais ce calme est tout à la surface et, comme on jugerait mal les sentiments de Madame, si l'on s'en rapportait aux lettres qu'elle reçoit de son impériale belle-fille et sans doute à celles qu'elle répond. « Ma chère maman », lui écrit Marie-Louise, et c'est avec les formes les plus déférentes, le ressassage des banalités les mieux portées. « J'ai été bien touchée de l'aimable lettre que vous avez bien voulu m'écrire il y a peu de temps et vous prie d'être assurée de toute l'étendue de ma reconnaissance. Vous êtes bien souvent le sujet de nos conversations et j'attends avec une bien vive impatience le moment oij je pourrai vous exprimer moi-même tous les sentiments qu'inspire le tendre et respectueux attachement que je vous porte. » Et des vœux de même style pour la santé de Madame, des compliments de l'Empereur, des baise-mains du petitfils, des nouvelles du cardinal Fesch; à la salutation, des « je vous prie, ma chère maman, d'être assurée

du tendre respect avec lequel je serai, toute ma vie, ma chère maman, votre très attachée fille. »

Toute ma vie !...

jXe jurerait-on pas la famille la mieux unie, la plus tendre en ses rapports, la moins divisée d'opinions. Sauf que Marie-Louise s'ahslient de faire mention de Pauline qu'elle sait pourtant à Aix, ce qui peut passer pour oubli, cela coule et s'étend en adjectifs mous et en phrases convenues, comme si le cœur de Madame n'était point torturé par l'absence et l'exil des fils qu'elle chérit davantage. Au fait, c'est là son occupation majeure, chercher des nouvelles de Lucien et s'efforcer de communiquer avec lui, échanger des lettres avec Louis, lire celles qu'il écrit à Decazes, régler les démarches et les réponses de celui-ci, correspondre avec le valet de chambre du roi, s'enquérir de quelqu'un qui soit à son gré et qui consente à l'aller rejoindre, obtenir cette grâce si souvent réclamée pour M. de Bylandt; voilà ce qui tourmente et emplit ses journées. Au moment où Madame se flatte d^avoir au moins emporté l'autorisation de l'Empereur, oii elle en est à discuter avec Decazes, si Bylandt devra ou non prendre sa route par Aix, ce qui ferait un détour d'une centaine de lieues, Bylandt lui-même lui fait part « de sa nomination à la place d'adjudant général » (adjudant commandant) et de la destination qu'il a reçue pour l'Espagne^ Rien à

* Il y a ici, pour les dates, contradiction avec les états de service de Bylandt, mais une lettre de Rossi à Decazes, en date du 10 août ne laisse point douter que Bylandt ne sût alors qu'il était déplacé.

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