PAULINE. — A SPA
espérer de ce côté : Louis y trouvera une nouvelle persécution de son frère, alors que les demandes de Bylandt prouvent avec quelle ardeur il a sollicité d'être replacé. Gomme si ce n'était point assez de cette déconvenue, « le temps est devenu froid, pluvieux et bien mauvais, au point que Son Altesse a suspendu de prendre les eaux » ; l'unique distraction qui lui reste est de penser qu'elle ira passer quelques jours près de son fils Jérôme à Napoleonshôhe et que, là du moins, elle trouvera une bru à son gré.
Pauline ne l'y accompagnera pas ; ayant fait carême à Aix, elle va faire carnaval à Spa. Le voyage de Fontainebleau, pour quoi elle eût dû revenir, n'a pas lieu; Neullly n'est pas prêt pour la recevoir, les travaux du canal ayant été suspendus par l'entrepreneur que l'Etat ne paie point ; elle ira donc à Spa d'où elle viendra à xlnvers saluer l'Empereur qui montre l'Impératrice à ses sujets flamands et hollandais.
Y a-t-il d'aulres motifs et veut-elle rejoindre un amant? On a dit Montrond, le Monlrond de Talleyrand, de la duchesse de Fleury et de M""* Hamelin, qui, depuis la fin de 1809, a choisi pour sa résidence forcée le chef-lieu des Deux-Nèthes où est préfet son excellent ami Voyer d'Argenson. Pauline n'est pas à un amant près et autant vaudrait Monlrond qu'un autre, si Montrond était aussi jeune ; mais Monlrond a largement passé la quarantaine. On l'a dit, et sans doute pouvait-on s'y tromper. M. de Mérode qui se trouvait à Spa a raconté qu'il y vit arriver « la princesse Borghèse, sœur de l'Empereur, et M. de Mon-
teron qui s'élaltlirent clans une belle maison à l'entrée de la ville », mais M. de Mérode n'eut garde de les fré(iuenler et, « fidèle à son habitude d'éviter l'Empereur et tout ce qui tenait à la famille impériale », ce fils de sénateur partit lout aussitôt. Ce n'est pas là un témoin bien sûr; mieux vaudrait M. Périgny, sous-préfet de jNIalmédy, qui s'empressa à venir, de sa résidence, fuire à la princesse les honneurs de Spa, et qui, en échange de sa courtoisie, fut honoré d'un buste tout comme le préfet de la Roër, mais M. Périgny n'eut garde de mettre dans ses rapports des notions qui fussent dangereuses. Les médecins qui. après Aix, ont ordonné, pendant quinze à vingt jours, les eaux de Spa, qui tiennent la princesse pour vraiment malade, qui lui conseillent « d'éviter avec un soin particulier le froid, l'humidité et la fatigue, » qui prévoient tous les remèdes, même pour les cas où, « emportée par des circonstances de plaisir ou autres, elle s'y serait fatiguée» et, qui prescrivent alors « des fomeiilalions émoUientes sur les parties qui souffriraient de la dilatation du sang et qui sont ordinairement chez Son Altesse les vaisseaux du basventre », n'apprennent rien, hormis que « les alïeclions morales sont encore une fréquente occasion d'accidents chez Son Altesse, qu'elle ne saurait prendre trop de précautions pour les éviter parce que plus elles sont tristes et fortes, plus sûrement elles arrêtent la transpiration insensible, l'âme de la santé ». Les marchands qui ont, chez cette « bobeline », trouvé une cliente à leur gré, l'approvisionnent de boucles