PAULINE. — LE COLONEL RUSSE
d'oreilles et de croix en grenals, d'épinglelles en ainélhysles, de nionlres de col, de cachets d'or et de demi-joncs en brillants, et ils se donnent garde de médire. L'on se trouverait donc fort incertain, si, le 28 septembre, la princesse, s'élant déterminée à venir à Anvers où l'Empereur allait arriver, n'y avait rencontré des gens de la Cour dont la vertu n'était point la discrétion. Ses voitures d'abord firent sensation. Dans une, un hamac était tendu, dessus était attachée une chaise à porteur, dessous une baignoire, sans compter ce qui était derrière et tout autour. Et Philippe de Ségur continue : « Montrond, exilé ici, qui s'était mis à la suite de la princesse Pauline et surtout de M"^ de Saluces qui tourne aussi mal qu'on devait prévoir, ^lonlrond est enfermé à Ilam. Il venait d'obtenir la permission d'être à Paris, et ce vieux galantin, fatigué de sa déconsidération et de son inutilité, aurait pris le grade de capitaine si on le lui avait donné. Il est une terrible preuve du soin qu'on doit se donner dans sa vieillesse considérée. » On est donc à douter s'il s'agit de la princesse ou de son ex-lectrice, et d'autant plus que l'une ou l'autre prend en même temps d'autres disiractions qu'on attribue encore à M"* de Saluces. Le commissaire général de Police écrit que, « durant qu'elle était à Anvers, un colonel russe nommé Kouloukorff, qui avait été admis chez la princesse à Aix-Ii-Chapelle, était venu s'établir à Malines. De là, il faisait chaque jour une excursion à Anvers. Il y arriv lit à l'entrée de la nuit et en i)artait de grand malin. Je me suis laissé dire, ajoute le
commissaire général, qu'il ne couchait pas à l'auberge. Je pense que ses visiles avaient cessé avant le départ (Je M"" de Saluées ». M. Bcllemare, homme prudent, n'ignore point que, où loge M""" de Salaces, loge aussi la princesse, et, s'il parle de celle-là au duc de Rovigo, n'est-ce point que le respect l'empêche de nommer celle-ci ? Ce colonel russe, dont le nom paraît bien n'avoir jamais figuré sur les contrôles, semble, comme suppléant de Ganouville, plus vraisemblable que le quadragénaire à passions. Qui sait si ce n'est point Ganouville lui-même, déguisé en Russe pour la circonstance ? Le 5 mai, Ganouville était à Fuente de Onoro, où il s'est battu comme un diable et où son camarade Septeuil a été estropié. Il a soigné et ramené Septeuil, mais, de mai à septembre, et de la façon dont il court, il a fort bien pu venir à Spa et se cacher à Malines.
Gela n'est point clair et les contemporains, en ce temps de la Restauration où les dictionnaires biographiques furent si fort à la mode, ont voulu que, au moment même où Montrond fut arrêté et emprisonné, la princesse ait subi de la part de son frère une entière disgrâce. Ils disent : « Revenant en 1810 (ce serait 1811), des eaux de Spa, elle rencontra à Bruxelles (ce serait Anvers) l'Empereur et l'Impératrice. Le souvenir de sa cour désertée au moment du mariage de son frère avait laissé dans son âme un vif ressentiment contre celle qui avait été la cause invonlontaire de cette disgrâce. Elle se ménagea l'occasion d'un manquement public envers l'Impératrice, ce qui con-