PAULINE- — DISGRACE DE M"" DE SALUCES
Yoilà qui lave Pauline des accusations de M"° de Salaces; celle-ci n'en doit pas moins profiter de la coïncidence. Sa disgrâce est certaine, la cause qu'elle lui attribue est probable. Borghèse est d'autant plus empressé à lui faire accueil qu'elle' a été plus maltraitée parla princesse ; l'histoire, si peu croyable soitelle, doit donc trouver à Turin des oreilles complaisantes.
Nulle part, dans les papiers de Pauline, le nom de Montrond ne se trouve, tandis que ce sera chez M"" de Saluées que Rovigo le fera chercher lorsqu'il se sera évadé de Châtillon-sur- Seine, où il a été interné après un mois de Ilam. Pauline ne semble avoir gardé de Montrond aucun souvenir, bon ou mauvais tandis que, contre Jenny, sa rancune persiste étrangement. Pourtant, dès qu'elle est arrivée à Turin, M""^ de Saluées a envoyé à la princesse, avec le reçu égaré qui a servi de prétexte à sa disgrâce, un cachet, des petites opales et un collier noir « qu'on a mis par mégarde dans ses paquets dont elle ne s'est que très peu mêlée ». Mais Pauline se soucie peu d'une probité qui respecte les bijoux. Dès 1812, elle relient à M""® de Saluces, sur les 11 000 francs pour quoi celleci est portée au budget, 6 000 francs qu'elle dit vouloir appliquer à des mémoires arriérés d'objets de toilette ; en 1813, elle raye le traitement, octroie en échange, une pension de 3000 francs dont elle garde la moitié « tant par mois, jusqu'à concurrence de 1 SOO francs » pour acquitter Leroy. Gomme M™® de Saluces se plaint, « faites-lui entendre, écrit la prin-
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cesse, que j'ai déjà payé pour elle cinq ou six mille Francs el que j'en suis lasse ». Borghèse intervient alors, et fait une fois payer 1 900 francs d'arriéré, mais alors c'est flni à tout jamais de l'argent de Pauline.
La Restauration piémoniaise fut plus clémenle pour les Saluées. Annibal, c'était le glorieux nom de l'époux, ayant servi dans la dernière campagne comme colonel-major du 3*^ régimer)t de Gardes d'honneur, rentra général dans l'armée qu'il avait quittée capitaine ; il eut TAnnonciade, il fut quartier-maître général des armées du roi son maître, et mourut plein de jours en 1852, survivant de vingt-deux ans à sa lidôle épouse. Celle-ci, quand elle ne trouva plus à faire des romans, se mit à en écrire et publia Ma Toilette, înanuscrit dérobé à une vieille femme qui n'est malheureusement pas une autobiographie ei Foscarini ou le Patricien de Venise i\m est une lugubre histoire.
Pauline, qui toute sa vie eut besoin de confidenles mais qui en changeait [)lus encore que d'amants, s'était pressée de prendre en gré une nouvelle lectrice, ]\P'^ Rosalie Thomé de Quincy qu'elle flt tout de suite entrer dans ses secrets. Il y en a, car, dès la rentrée à Neuilly en octobre, Pauline ayant ouvertement retrouvé Canouville, auquel peut-être elle n'a guère été infidèle, s'avise d'ouvrir sa maison el de donner des fêtes. Ce sera mieux encore à Paris où, chaque semaine, il y aura [)etit bal avec petit ambigu et l'orchestre de Julien, « mais Julien devra faiie un prix raisonnable, le bal ne durant que jusqu'à minuit».