PAULINE. — LES PETITS BALS
Fâcheux petits bals! Canouville s'y prodigue ; il y est désespérant de fatuité, de superbe et d'affichage. De ses campagnes d'Espag-ne, il est revenu tout pareil, sinon pire. Le 20 novembre, c'est le premier des petits bals et, le 24, la foudre tombe. « Donnez ordre au chef d'escadron Canouville, écrit l'Empereur à Berlhier, de partir aujourd'hui avant neuf heures du matin, pour se rendre à Dantzig où il sera employé dans le 2® régiment de Chasseurs comme chef d'escadron. Vous lui enverrez à Wesel son brevet que vous prendrez chez le ministre de la Guerre. J'ai signé le décret qui le nomme. En conséquence, il cesse d'être votre aide de camp. Vous lui recommanderez de ne pas revenir à Paris, même avec un ordre du ministre, sans un ordre de vous. »
Voilà qui est net. Il faut obéir et se taire. La princesse est surveillée de si près que, le 29, comme elle a expédié un courrier à Montgobert pour ses affaires, dès le lendemain, l'Empereur écrit à Savary : u Qu'estce que c'est que le courrier que la princesse Pauline a envoyé à Soissons? Informez-vous de cela. » Elle fait donc bonne mine à mauvais jeu, avec l'espoir qu'elle fera profiler Canouville d'une embellie. Qui sait?
Pour une amante affligée, Pauline a des distractions qui, lorsqu'on la connaît, semblent bien peu dans ses goûts. Elle remanie la distribution de son palais de Paris, où elle a pris fantaisie d'avoir un billard dans une pièce qui avait été la chapelle. Elle y porte, avec la minutieuse attention qu'elle met aux choses qui regardent son plaisir, une volonté d'être immé-
diatement servie qui prouve son impatience : Elle lance un ordre qui vaut un décret : « On prendra six chaises du salon jaune, les deux causeuses et deux fauteuils. Il faut un papier monté sur châssis; qu'il soit jaune et argent. On assortira le jaune ; on mettra un double rideau de percale à frange jaune ; on mettra un petit carreau jaune, un billard de dix pieds. » Point de tableaux, on dispersera ceux qui étaient dans la chapelle dans le salon de service ou l'antichambre des valets de chambre ; mais des glaces, dont'une, de rencontre, est payée 1 700 francs. A la réflexion, les rideaux de percale sont trop vulgaires, il les faut de quinze-seize bouton d'or croisé sur du quinze-seize blanc, attachés à des bâtons que terminent desthyrses et relevés à des grenades dorées. Pour le billard, on le demandera à Jorris qui le fera payer 2200 francs non compris drap, galon, billes et accessoires.
Quoi! Pauline, la Pauline des litières et des chaises longues, va jouer à carambole! Est-ce bien pour elle-même qu'elle travaille ou pour un pauvre prisonnier qui a besoin d'exercice?
Elle ne passe pourtant pas tout son temps à blouser ; elle est princesse, elle a son rang à tenir et surtout ne doit-elle pas déplaire à l'Empereur. Aussi, aux Tuileries, la trouve-t-on de toutes les fêtes ; le 1" janvier, elle fait cortège à l'Impératrice et elle paraît régulièrement aux petits cercles. L'Empereur ayant commandé que ses sœurs fissent danser, elle donne un bal chaque semaine avec l'orchestre de Julien et sans Canouville, mais il y a des dragons de piquet à