PAULINE. — DEPART POUR AIX-EN-SA VOIE
un brutal comme le colonel Malliis, lui, depuis cinq ans, le plus dissipé des « dadais » du major g-énéral. Sortir de l'élat-major de Berthier pour suivre le roi de Naples, ce n'est pas déchoir. Murât, qui n'a rien à refuser à sa chère petite sœur, écrit tout aussitôt au duc de Fellre le priant « de lui accorder pour aide de de camp M. de Canouville, chef d'escadron et ancien aide de camp du prince de INeuchàtel ». Gela va tout seul et n'est que de forme : « Si vous accueillez cette demande, ajoute Murât, je vous prie de m'expédier la commission au quartier général de l'Empereur ». Mais Clarke sait que le terrain est brûlant ; il prend les ordres de l'Empereur, et l'Empereur fait répondre par le prince de Neuchatel « qu'il n'a point trouvé convenable de nommer M, le chef d'escadron de Canouville l'un des aides de camp du roi de Naples ». Au début de juin, lorsque « celui qui était pour elle Tàme des réunions, des fêtes qu'elle avait données pendant l'hiver, entraîné par l'honneur, l'eut abandonnée pour la gloire et marcha dans les rangs des braves », elle ne tint plus à Yilliers ni à Neuilly, et, cette fois, retombée en tristesse, en maladies et en souffrances imaginaires ou réelles, elle partit pour les eaux.
Madame, en quittant Aix-la-Chapelle, a enfin réalisé le projet dès longtemps caressé de rendre visite à son fils Jérôme. Elle a quelque espoir de retrouver chez lui sa fille Elisa qui a cru en obtenir la permission, en tout cas est-elle certaine de passer de bons jours
près de sa bru Catherine laquelle aime tant son mari que, avec toutes ses idées, elle adopte toutes les affections. Gomme Madame a pour Jérôme cette préférence qu'une mère éprouve volontiers pour son dernier né, elle est disposée à trouver que l'Empereur ne rend pas justice à ce frère si joli et tout ensemble si pétillant d'esprit et de génie, et, n'étant pas loin de penser que, malgré sa couronne, ses fêtes et ses maîtresses, Jérôme est malheureux, elle l'en chérit davantaçre. Il faut avouer d'ailleurs que le roi de Westplialie reçoit en ce moment des désagréments sans nombre. Dans le voyage qu'il a fait à Paris pour le baptême du Roi de Rome et dont il est revenu le 3 juillet, après avoir repris à Ems la reine qui l'y attendait, non seulement il n'a rien gagné sur l'Empereur, mais il a encore perdu en considération et en autorité. Il n'est pas seulement suspect, il est surveillé. Ses courriers même ne sont pas respectés en France s'ils sont adressés à tout autre qu'à son ministre ou à un ministre français. Son armée, son royaume même sont livrés au bon plaisir de Davout. Davout « est maître de diriger », sur tel point qui lui convient mieux, les bataillons westphaliens, de faire occuper par ses troupes telle partie du territoire qui lui agrée, et, malgré la promesse faite à Paris que, en échange du Hanovre, la Westphalie serait au moins délivrée des 6000 hommes de grosse cavalerie qu'elle devait entretenir, Davout, sans retirer aucun des cuirassiers, fait encore passer le Weser à 475 hommes et à 1049 chevaux d'artillerie qui vivent à discrétion dans