JÉRÔME- — EMBARRAS ET PEINES
le district de Reuteln. Des commissions militaires sont instituées à Magdebourg- et rendent une justice sommaire au nom de l'Empereur. Jérôme s'en plaint-il ? « Toute armée, répond Napoléon, porte avec elle le moyen de sa conservation et, partout oii sont mes troupes, les délits sont jugés par des commissions militaires. »
Quiconque, en Westphalie, exerce un emploi, si médiocre soit-il, au nom de l'Empereur, se croit tous les droits sur les fonctionnaires westphaliens, donne des ordres, écrit du ton de maître, commande sous peine d'exécution militaire, et, à chaque plainte que présente Jérôme, même en justifiant amplement les faits — témoin l'affaire Hermann à Mag-debourg — l'Empereur s'emporte, menace et invective.
Jérôme n'a pas même le moyen de retirer les capitaux qu'il possède dans certains départements, celui du Weser par exemple, et, en même temps que, de Paris, on le presse de payer les 1 500 000 francs mensuels qu'il doit au Domaine extraordinaire, on s'oppose à la perception ou au recouvrement de ses fonds* « Ces capitaux, écrit-il, sont aussi bien ma propriété que ceux que je puis avoir à la Banque de France. » Point de réponse à cela, mais l'ordre d'armer sans retard un régiment de chevau-légers avec des lances.
Comment faire, sinon écraser plus encore d'impôts un peuple qui en est accablé? Jérôme se rend compte, plus justement qu'on ne l'imagine, des dangers que fait courir à la domination napoléonienne en Allemagne ce système de tyrannie. Il est instruit de l'effort
que tentent en ce moment les sociétés secrètes, les associations « de la Vertu » et, à bon droit il s'en effraie. « Je ne puis douter, écrit-il à l'Empereur, que les ennemis de Votre Majesté et de la France ne continuent à tramer des complots et à nouer en Allemagne tous les fils d'une vaste conspiration prête à éclater au premier signal de guerre. J'ai eu l'honneur de faire part verbalement à Votre Majesté des données principales que j'ai obtenues à cet égard ; « tous les renseignements qui parviennent chaque jour des divers Etats allemands tendent à confirmer les premières découvertes. » Il envoie donc des rapports de police, des pièces saisies, des lettres interceptées, mais, pas plus que des précédents renseignements qu'il a fournis, l'Empereur n'en tient compte. Il y voit un moyen d'obtenir quelques ménagements pour la Westphalie, en même temps qu'il y sent une attaque indirecte contre les procédés jacobins du prince d'Eckmûhl. Une seule chance reste à Jérôme ; c'est de profiter de l'armée qu'il a formée enWestphalie pour sortir de ce pays, et acquérir une réputation militaire qui l'habilite à un trône où il aura davantage ses coudées franches. Aussi, à toute occasion, répèle-t-il à l'Empereur que, <c en cas de guerre, son grand et son unique désir est de servir activement auprès de lui et de faire la grande guerre. Le commandement, dit-il, d'un corps d'armée formé d'un nombre suffisant de troupes françaises et des seize ou dix-huit mille Westphaliens que je puis mettre sur pied, indépendamment de ma brigade de Dantzig, me mettrait à même de prouver à Votre