JEROME. — MADAME CHEZ SON FILS
Majesté mon zèle pour son service et mon absolu dévouement. » Là encore point de réponse; pourtant l'Empereur ne le décourage point et, en lui envoyant des ordres pour augmenter constamment son armée, il lui laisse l'espoir qu'il lui réserve un grand rôle. L'ambition d'ailleurs n'est pas tout pour Jérôme qui n'est point homme à s'attacher longtemps à des pensées graves. Sa royauté, toute branlante qu'elle est, lui procure encore d'agréables passe-temps pour lesquels les caisses vides fournissent, au moment voulu, tout l'argent qu'il faut. Entre les dîners, les revues, les promenades, les maîtresses dont il change, les favoris qu'il grandit ou renverse, les voyages dans le Ilarz où il excelle à ordonner des divertissements inédits, sa vie s'écoule encore passablement, et il remet au lendemain les tristes songeries. Nul ne s'entend comme lui à la délicatesse des attentions et, pour sa mère, mieux encore que pour sa femme ou ses maîtresses, il s'ingénie à les multiplier. Il entend que Madame retrouve à Napoleonshôhe les petits meubles dont elle a l'habitude, l'éclairage qui convient à ses yeux fatigués; il expédie tout exprès un courrier pour rapporter de Paris « des garnitures de lampes conformes en tout à ce qui existe chez sa mère ». Il n'a pas manqué de demandera l'Empereur son agrément pour la recevoir; Napoléon lui a répondu : « Je vois avec plaisir que Madame Mère aille passer quelques jours avec vous ; » mais l'Empereur eùt-il vu avec le même plaisir les honneurs souverains que la Westphalie, au défaut de la France
va prodiguer à celle qu'il ne voulut point comme « Impératrice-mère ».
Partie le 23 août d'Aix oii elle a célébré économiquement la fête de l'Empereur, en autorisant qu'on donnât son nom à une rue et à une porte, et que les personnes de sa maison se rendissent au dîner et au bal du préfet, Madame a couché à Goblentz où elle a trouvé le colonel Zurvester, aide de camp du roi, venu pour la complimenter. Le 26, elle part de -Goblentz et, à la frontière du royaume, elle est reçue par le ministre de l'Intérieur, qui la conduit à Marbourg oij l'attend le grand maître des Cérémonies : le lendemain, à Wabern, à six lieues de ÎSapoleonshôhe, le roi lui-même, et à l'arrivée au château, la reine, « beaucoup réjouie de voir cette bonne vieille mère, femme respectable à tous égards » et toute la Cour en gala. Madame, peu habituée à de telles réceptions, est mise par là en veine de générosité. Elle doniie à sa belle-fiUe son portrait entouré de fort grosses perles et une ombrelle ou parasol, tout bordé de perles fines, au manche d'or et d'émail incrusté de perles fines. « C'est le plus joli bijou que j'aie vu de ce genre », écrit Catherine. Il est du goût de Joseph qui en fit présent à sa mère. Le lendemain, c'est encore une très jolie rangée de perles : On ne reconnaît plus Madame !
La vie qu'on lui fait mener la sort bien plus encore de ses habitudes : promenades à la recherche des beaux sites, chasses à courre, entrée pompeuse à Cassel, avec toutes les troupes en haie et les autorités