‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 55 sur 213 · JEROME- — INCENDIE DU PALAIS DE CASSEL · texte numérisé non relu

JEROME- — INCENDIE DU PALAIS DE CASSEL

courut lui-même au corps de garde pour imposer la même consigne, et, seulement en rentrant, éveilla son aide de camp dont il se méfiait. Puis, il vint à la chambre de la reine, éveilla Catherine, la couvrit d'une redingote, et, pieds nus dans des pantoufles, escortée seulement de l'aide de camp, le général Hammerstein, et de deux gardes du corps qui portaient les pierreries et l'argent, il la mena jusqu'à la demeure du grand écuyer. L'y laissant, il monta à cheval et retourna au château à la tète de cinquante gardes du corps. « Ce n'était qu'un incendie », mais quel incendie ! Les sauveteurs improvisés, appelés par les cris du gardien de nuit de la tour Saint-Martin, s'empressent, comme sur un coup de folie, à jeter par les fenêtres tous les meubles etjusqu'aux glaces. Le pillage fait autant de dégâts que le feu. « Tous mes grands appartements, mes petits appartements, mes cabinets, tous ceux du grand maréchal ont été la proie des flammes, écrit Jérôme à l'Empereur; il ne reste du château que la façade dont le toit est à moitié brûlé. Il est huit heures du matin et le feu continue. Une grande partie de mes meubles, verreries, porcelaines, tapis a été détruit ; j'ai l'espoir que mon argenterie a été sauvée. »

Pourtant il faut se loger quelque part, car, vu l'état de ses finances, Jérôme « ne peut songer ni à reconstruire, ni à renouveler le château ». La famille a beau s'empresser, le roi de Wurtemberg ofi'rir à sa fille tout le mobilier dont elle aura besoin. Madame et ses filles envoyer quantité de jolies choses, Fesch

mettre à la disposition du roi « tout son riche ameublement qui est de plusieurs millions », « l'impératrice Louise envoyer, dans trois caisses, les plus jolis ajustements possibles », tout cela ne fait pas un palais, ni l'argent pour le bâtir. L'Empereur a écrit : « Il est fort heureux que vous ni la reine n'ayez éprouvé aucun accident », mais il a borné là ses secours. A la vérité, la ville deCassel a, sur invitation, offert au roi un don de 800 000 francs, mais Jérôme, à la réflexion, a jugé plus digne de refuser le présent de ses sujets ou, tout au moins, de l'appliquer à la construction des casernes; il y a bien un don semblable de 400 000 francs offert à la reine et que celle-ci a accepté sur l'invitation du roi, mais elle en a tout de suite employé 50 000 pour les pauvres et destiné 100 000 pour les frais d'établissement dans la nouvelle maison, ce qui, avec 150 000 qu'elle applique à ses dettes et 100 000 qu'elle met en réserve, apure le compte. On se détermine alors à exécuter une idée qui paraît fort ingénieuse. On prend, dans les environs du château, un quartier tout entier, rue de Bellevue. On en fait déguerpir de suite propriétaires et locataires ; on met des ouvriers dans tout cela; on perce des portes de communication d'une maison à l'autre; on place une grille à chaque bout de la rue qui devient la cour du palais improvisé j en quinze jours tout est presque fini (15 décembre) et le roi peut quitter la maison du comte de Furstenstein oii il s'était provisoirement installé, pour venir habiter ses appartements royaux.

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Il fallait une victime : il y en eut une, mais peu intéressante. Presque tout de suite, le grand maréchal fut destitué. « L'on a, écrit la reine, trouvé plusieurs dilapidations dans son administration »; pauvre prétexte en Weslphalie! Le mieux est de penser qu'on a pressenti qu'il allait perdre l'esprit, à moins que ce n'ait été sa disgrâce qui l'ait rendu fou. Ce qui est certain, c'est que, quelques mois plus tard, le 10 septembre 1812, il mourut à Paris dans la maison où on avait dû Tinterner. Quelle destinée, celle de ce Meyronnet, né aux Martigues, le 3 octobre 1772, de Nicolas Meyronnet, traiteur et de Catherine Michel, qui, d'abord mousse à bord d'un caboteur de Marseille, entré par la Révolution dans la marine de guerre, devenu petit officier, est rencontré par Jérôme sur VEpervier, s'attache à lui, le suit partout, désertant son bord en pleine guerre et se mettant. en cas de peine de mort, qui monte avec son maître de degré en degré, est comte de Wellingerode, donataire du domaine d'Eichfîeld, grand maréchal du Palais, général de brigade, commandeur de l'Ordre de Westphalie, membre de la Légion d'honneur, grand cordon de Saint-Hubert, grand'croix du Mérite civil de Wurtemberg et qui, non content de ces dignités, parvient, par un prodige de hâblerie, à enter son traiteur de père sur la vieille famille des Meyronnet, marquis de Ghâteauneuf et barons de Saint-Marc, si bien que, dans tous les actes officiels, il se fait attribuer le nom de Saint-Marc. — Pourquoi pas de Sainte-Hélène, comme le fameux Goignard? Malgré sa cruelle et ridi-

cule aventure d'Halberstadl^ (29 juillet 1809) il a gardé la faveur du roi qui a employé l'Empereur même pour le faire échanger elle délivrer de sa captivité anglaise. L'incendie éclate ; Meyronnet n'y est pour rien, il n'en est pas moins disgracié ; toutefois il ne saurait s'en aller ainsi : il est nommé l'un des capitaines généraux de la garde et c'est sous ce titre que le comte de Wellingerode ira rejoindre ses ancêtres, les cabaretiers de Martigues.

Lorsqu'il s'agit de le remplacer comme grand maréchal, c'est une affaire sur laquelle il faut au moins consulter l'Empereur. Jérôme n'a-t-il pas imaginé d'investir de ce grand office le cousin de l'ancien souverain, le prince de Hesse Philipstahl, — Son Altesse le Grand Commandeur, qui, à la vérité, le sollicite. « Un parfait honnête homme et un homme d'honneur, répond Napoléon, pourrait-il désirer d'être grand maréchal d'un prince qui a détrôné sa famille ? Il peut désirer d'être colonel ou général, vous ayant reconnu ; il pourra être avec honneur grand maréchal de votre fils, mais pas le vôtre. Supposez une défaite, la marche de l'Electeur sur Gassel? Dans ce cas, pourriez-vous vous défendre d'un sentiment d'effroi de trouver à vos côtés un homme qui aurait tant de liens par lesquels on peut le saisir ? » L'Empereur prêche donc pour le général Morio : Peut-être a-t-il quelques remords de l'avoir si mal traité à Gompiègne, mais alors il avait encore dans l'oreille la phrase que, à Gassel, Morio avait

* V. Napoléon et sa famille, IV, 323.

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