JEROME. — CORRESPONDANCE AVEC L'EMPEREUR 1Û
damner eux-mêmes, ne peuvent qu'attester l'excellent esprit des sujets ; ceux qui sont Français ne savent rien et ceux qui sont Allemands n'ont garde de parler. Quant au ministre de l'Empereur, M. Reinhard. Allemand de naissance, de parenté, de mariage et d'esprit, il n'est rattaché au service de la France que par le traitement qu'il reçoit, les agréments qu'il se procure et les honneurs qu'il espère. Il n'est dévoué qu'à ses intérêts, et, s'il est patriote quelque part, ce n'est pas en France. Pour accuser le roi et ses ministres, il est clairvoyant et subtil, car cela peut plaire à Paris ; mais, pour renseigner sur l'état de l'Allemagne, il est aveugle et muet. Quel besoin de dauber sur des amis, des parents, des concitoyens? bien mieux vaut laisser l'Empereur dans une illusion que la prochaine guerre, selon qu'elle sera ou non victorieuse, détruira ou confirmera.
L'Empereur ainsi, malgré les milliers d'agents militaires et civils qui sont à sa solde en Allemagne et qui, occupés chacun d'une besogne oij ils portent leur âpreté et leurs courtes vues, n'ont garde de s'en distraire pour « faire des tableaux »; malgré les douze postes diplomatiques qu'il entretient et d'où ne vient pas un renseignement exact sur l'esprit public, est moins bien informé que s'il avait répandu quelques policiers adroits. D'ailleurs, même prévenu, eût-il voulu regarder, et, s'il avait regardé, qu'eùt-il pu faire? La victoire, dont il ne doutait pas, arrangerait tout, pacifierait tout et contraindrait une fois de plus les mécontents à se résigner.
Jérôme, ayant dit ce qu'il avait à dire et ayant été mal reçu, prend aussi son parti d'attendre tout de cette infaillible victoire. Après la guerre, l'Empereur remaniera encore une fois l'Europe; et sans doute alors la Westphalie sera absorbée par le Grand-Empire. Qu'importera alors la Westphalie à Jérôme qui aura, sans nul doute, reçu une couronne plus solide en récompense des services qu'il n'aura pas manqué de rendre dans la Grande Guerre? Donc, ce n'est pas à se lamenter sur elle qu'il faut pensera présent, mais à en tirer tout ce qu'on peut et à en jouir. Ainsi ont fait Murât à Dusseldorf et Joseph à Naples : à cette fin de 1811 où la banqueroute est imminente, c'est à la cour de Cassel une prodigalité redoublée. Le 31 décembre, le roi fait tirer une loterie de bijoux de 61000 francs. En un seul mois, mars 1812, Catherine qui se largue dans son journal de ne pas dépenser à Paris 60 000 francs dans Tannée, achète comptant à Leroy des robes pour 10000 francs, et un seul grand habit de blonde coûte 30S0 francs. Le roi donne une maison de 100 000 francs au comte de Bocholtz, une de 80 000 francs au comte de Lœwenstein, une terre de 168 000 francs au comte Siméon. M""" Morio reçoit 50 000 francs en or; Malchus, le ministre des Finances, d 00 000 francs en obligations de l'emprunt forcé; RouUand, second chirurgien, 100000; Le Gamus-Furstenstein 200000, de Goninx, conseiller d'État, 200 000. Un jour, le roi a en poche 1 100 000 francs de ces inscriptions et il les distribue. La reine, pour son jour de naissance, est gracieusée de boucles d'oreilles en