‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 58 sur 213 · JEROME. — SES PRODIGALITÉS · texte numérisé non relu

JEROME. — SES PRODIGALITÉS

tliamants de 100 000 francs; le prince de Hesse, pour son mariage avec une de ses cousines, est gratifié de 40 000 écns pour payer ses dettes, d'un bien qui rapporte 7 000 francs, de 5000 francs de rente sur l'État, de 200 000 francs en obligations et d'une corbeille magnifique.

Chaque soir, on danse : six bals masqués chez les ministres et les grands officiers; à la Cour, deux bals masqués et deux bals parés, les autres soirs, bal « dans l'intérieur » dont les ministres sont exclus. Aux bals masqués, le roi change pour le moins trois fois de costume; il est le plus gai, le plus alerte et le plus admiré des danseurs. Il débite des turlupinades à ses généraux, excelle aux quadrilles, et trouve toujours à nouer quelque intrigue. La reine, qu'on reconnaît sans peine à son embonpoint, « surtout aux bourrelets de graisse qui débordent de ses souliers », parait s'amuser tout autant. Quand le bal fait relâche, on a spectacle. La reine y mène son petit chien, qui appuie ses deux pattes sur le rebord de la loge et qui, parfois, mêle ses aboiements clairs aux airs de bravoure des acteurs.

Une seule préoccupation : durer jusqu'à la déclaration de guerre et retarder jusque-là la banqueroute. Aussi ne regarde-t-on à rien pour faire de l'argent : en janvier, les domaines de l'Etat se vendent à raison de huit fois le revenu. Le roi « regarde la Westphalie comme perdue pour lui, il met toutes ses chances dans son armée et dans le commandement qu'il espère obtenir »... « 11 se regarde comme un gouverneur

qui va quitter sa province et qui se débarrasse des effets qu'il ne peut ou ne veut emporter. » Mais il lui faut la guerre : aussi quel soulagement lorsque, dans les premiers jours de février, il reçoit de l'Empereur la circulaire adressée, le 27 janvier, aux princes de la Confédération : « Je désire que le contingent de Votre Majesté se réunisse et soit prêt à entrer en campagne le 15 février prochain. » Le 8, il accuse réception : Son contingent sera rigoureusement prêt à la date indiquée.

Durant qu'elle était à Cassel, Madame a profité de la sûreté des courriers et du relatif voisinage, pour entrer en correspondance avec Louis. Depuis que Decazes a quitté le roi de Hollande, l'on n'a eu de témoignages sur son état que par le D"" Latour, son médecin, qui n'a pu y tenir et qui, rentré en France à la fin de mars, a été, dès le 18 avril, nommé, par l'Empereur, médecin du grand-duc de Berg. Louis ne l'a pas regretté; l'on peut même penser qu'il l'a poussé dehors. « Mon médecin me quitte, a-t-il écrit le 2 mars à Lavallette; il est vieux, a besoin de revoir sa famille et, comme il est loin de pouvoir me guérir, je n'en veux plus auprès de moi. » Ce qu'il n'écrit pas, c'est que, cherchant toujours le magicien qui lui rendra l'usage de ses membres inférieurs presque paralysés, il s'est engoué d'un charlatan établi à Gratz, un nommé Speck, fort peu considéré de ses confrères lequel, pour tenir à portée un tel client, lui a persuadé que les eaux de Gratz étaient supérieures à toutes

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