LOUIS. — LA MÉDECINE
autres, et lui a ordonné un traitement « fort long » dont le patient espère une fois de plus son salut. Alarme dans la famille qui, comme à l'ordinaire, a employé Decazes. « Vous ne pouvez rien faire de plus douloureux pour votre auguste famille, a écrit Decazes, que de renvoyer le docteur Latour et de vous mettre entre les mains du docteur Speck. » Mais Louis a son siège fait : Latour étant le seul compagnon qui lui restât est naturellement devenu le persécuteur. « Rassurez-vous sur le départ de mon médecin, a-t-il répondu. C'est un bonheur pour moi, quoiqu'il soit brave homme au fond et instruit ; mais il ne m'a pas ménagé, ni sous le rapport de ma santé, ni sous celui de ma position. Il n'est sorte de sale propos dont il n'ait rempli la ville à mon sujet... Non seulement il aggrave mes maux, mais il en ajoute que je n'eus jamais. A l'entendre, j'étais encore plus mal avant mon mariage ; chacun plaignait ma femme, etc. On aurait dit qu'il cherchait les cordes sensibles pour les toucher. Ces propos, il les a répétés devant moi et, ainsi, il ne m'est plus permis de douter de ceux qui me reviennent de la ville. » D'ailleurs, Louis ne lui veut pas de mal ; il désire qu'on le place; il le recommande à mère et sœur, mais qu'on ne lui parle pas de le reprendre! Il ne veut pas de médecin français, il n'en a pas besoin : « M. Latour, écrit-il le 23 juin, peut s'amuser à radoter et à calomnier les absents comme il a fait des présents quand il était ici; mais vous pouvez dire à maman que je n'ai pas besoin de médecin, que je la remercie bien vivement. J'ai ici le pre-
mier médecin du pays et, depuis que les charlatans de ce pays me conseillent et que le savant cautérisle Latour m'a quitté, je me porte beaucoup mieux. »
La vengeance de Latour, c'est que Louis se dégoûtera de Speck comme des autres, mais, pour le moment, il achèterait des coqs pour les lui sacrifier. Et c'est lui, l'homme respectueux des médecins, qui, vis-à-vis d'un savant illustre, s'est pourtant rendu coupable du seul tort qu'un médecin ne pardonne pas : étant roi, il a fait venir en consultation, de Berlin à Ulrecht, le célèbre Hufeland et il ne lui a offert ni honoraires, ni boîte à chiffre. Il lui a écrit une lettre de remerciment que Twent, son intendant, devait faire parvenir avec une somme de 6000 florins, et Twent a omis d'envoyer la lettre et l'argent. Louis l'apprend et il en est affolé. Ne pas payer un médecin, quel crime on commet et quelle coalition on suscite! Sur-le-champ, il prie Madame d'envoyer les 6 000 florins. «Je lui demande ce cadeau, écrit-il, je ne pourrais pas envoyer cette somme d'ici sans beaucoup de difficultés. Ce pauvre Hufeland n'a pas même été remboursé de ses frais de voyage... » Il a été malade, il a dépensé son argent et n'a pas même reçu un remerciment pour ses fatigues.
Il n'est pas besoin d'être Hufeland pour avoir part à la confiance de Louis. « Ses cheveux tombent tous, c'est moins ce désagrément qui le fâche que les rhumes et les fluxions qu'ils lui occasionnent »; aussi, a-t-il demandé une perruque habilement faite dont il a envoyé les mesures soigneusement prises avec des