LOUIS. — LETTRES A SON FILS
même cela ne serait que vers les dix ou onze ans. » Pêle-mêle, il prêche la nécessité des promenades ; il s'enquiert de l'écoulement du cautère, de la pousse des dents, de la couleur du teint, de la fréquence des rhumes, il ne veut pas de danse ; « ce n'est un exercice sain que lorsque l'on a la poitrine entièrement fortifiée et que l'on a passé l'âge de la dentition, des gourmes, etc. ». Puis il revient du physique. « A-t-on soin de lui donner en premierlieu des principes approfondis de la Religion et de la Morale? » C'est dans le courant de la journée, le soir, le matin, quand l'occasion s'en présente, que cette* instruction doit être donnée :- L'enfant seul ne doit pas s'apercevoir qu'il la reçoit et la suit en jouant et insensiblement.
Tout cela est pédant, médiocre d'expression et peu neuf, mais c'est assez que, chez ce malade, on trouve un père pour qu'on lui rende quelque sympathie, et le voici alors, ce père, se peignaat au naturel dans les lettres qu'il écrit à son fils et qui, avec leurs longueurs, leurs parties délirantes, leurs méticuleuses attentions, en apprennent plus que toutes les études psychologiques sur ce côté du caractère de Louis. « J^ai reçu ta dernière lettre, mon ami, lui écrit-il, je suis très content de ton écriture. Je ne t'écris pas plus souvent parce que je suis occupé de me soigner et tu sais que j'ai mal principalement à la main droite. D'ailleurs, j'ai la certitude que la plupart des lettres ne parviennent pas. Je ne sais pas, mon cher enfant, quand je te verrai, mais, quand même je ne te vois pas, cela ne m'empêche pas de t'aimer tendrement;
c'est une raison pour l'aimer davanlag-e; j'espère que tu penses aussi comme moi et que tu n'oublies pas le plaisir que me font tes lettres et les preuves que j'y trouve de tes progrès et de ta bonne conduite. Ecrismoi tout ce que tu voudrais me dire si tu étais près de moi et parle-moi de tes études. Ma santé est bonne, je me porte bien mieux à présent. Adieu, mon cher enfant, je t'embrasse tendrement. »
Dans une autre lettre de la fin de l'année 4811, le détail alTectueux se rend plus précis, l'attention paternelle plus éveillée : Louis a vu que les lettres au moins qu'il adressait à son fils arrivaient à destination ; sa méfiance, si manifeste dans la première lettre, est calmée ; son cœur s'ouvre et l'homme apparaît méticuleux, tatillon, consciencieux, mais vraiment père : « Mon cher enfant, je reçois exactement tes lettres et celles de ces dames; aussi, je suis inquiet si elles me manquent un seul jour. Gomme j'y suis accoutumé, il ne faut pas y manquer une seule fois. Je te fais mon compliment sur ton écriture qui est belle et qui le deviendra encore plus si tu t'appliques toujours. Quand on m'envoie de bons rapports sur toi, cela me fait beaucoup de plaisir. Tu sais bien que je t'aime beaucoup parce que j'ai toujours espéré que tu serais bien sage et bien bon ; rien ne me fait plus plaisir que d'en recevoir souvent des preuves. N'oublie pas de remercier, de ma part et surtout de la tienne, ces dames qui ont tant de soin de toi depuis ton enfance, M""' de Mailly, M™' de Boucheporn et celte bonne [M™* de Boubers] il ne faut pas l'oublier.