LOUIS. — LA LITTÉRATURE
prendre une opinion, et la plus magnifique récompense qu'il entrevoie, c'est un article de Geoffroy. Lorsqu'il écrit le 5 mars, « je ne désespère pas d'entendre Geoffroy s'occuper de la Femme intrigante cet hiver », c'est tout son rêve de gloire qu'il exprime d'un mot. « Entretenez-moi de Geoffroy et de la littérature, c'est mon seul plaisir, » écrit-il le 3 avril ; « il me semble que Geoffroy a bien raison au sujet de Mahomet IL Qu'en dites-vous? » écrit-il le 24 mai. Etre comparé à Geoffroy, prendre quelque semblant d'être Geoffroy, cela vaut presque une couronne : « Je vous dirai, écrit-il, que le très petit nombre de personne que je vois ici me font faire malgré moi un cours de littérature et, sans le vouloir, je me trouve disciple de Geoffroy. Car l'on attaque Racine que j'aime de tout mon cœur; on lui préfère Voltaire. Je suis obligé de faire le petit Fréron. Envoyez-moi La Harpe quand l'occasion se présentera : vous m'obligerez. »
Des livres ! Des livres ! Il en est affamé et à chacune de ses lettres il en réclame : « Pourrais-je avoir, écrit-il, le bel ouvrage de l'Institut sur l'Egypte et celui de Denon, cela me fpriit bien plaisir! Tâchez de m'envoyer souvent et régulièrement un ouvrage de ma bibliothèque et des meilleurs à votre choix, j'aurai la surprise et beaucoup de plaisir... La collection des moralistes me serait bien agréable. Je voudrais que vous me fassiez le catalogue d'une bibliothèque choisie de livres agréables et tout à faits récents en même temps. Envoyez-le moi. » Ailleurs... « Envoyez-moi
souvent des livres, des nouveautés, des tragédies et comédies, mais de manière à m'épargner des frais de poste, par des occasions si c'est possible ; car les frais sont assommants. » Ailleurs : ... « Je vois dans les journaux bien des livres qui me tenteraient, V Itinéraire de Chateaubriand, V Introduction à ïhistoire de France par llagouneau, Fliisloire de Lacretelle complète, je n'ai qu'un volume; la nouvelle traduction de Tacite par Barret, si elle vaut celle de Bureau delà Malle? Je voudrais bien aussi un Rousseau, Werther traduit par Aubry et la Messiade de Klopstock, si elle est traduite, ce que j'espère... Je voudrais bien avoir Delille en entier. Y a-l-il une édition complète de Bossuel?... » Ailleurs : « Vous me feriez grand plaisir de m'envoyer l'ouvrage de M""^ de Souza dont on fait tant de bruit... » Ailleurs : ... « Vous me ferez bien plaisir, toutes les fois qu'il y a quelque ouvrage nouveau qui a du mérite, de me l'envoyer. Lorsque j'en entends parler et que je ne l'ai pas, cela me donne de grandes impatiences. »
Non seulement il lit, mais il porte des jugements qui, s'il était encore roi, se traduiraient par des décrets. Ainsi, à propos des Prix décennaux : « Gomment, écrit-il, [les Académiciens] n'ont-ils pas donné le prix à l'histoire de Lacretelle? C'est l'ouvrage qui paraît bien supérieur. » Au reste, l'Académie l'occupe infiniment, et, bien que GeotTroy n'en soit pas, elle a gardé à ses yeux un prestige qui ne pâlira jamais. Etre de l'Institut! Joseph, Lucien, Napoléon en sont et lui, qui s'y trouve plus de droits que tous ses frères