‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 72 sur 213 · LUCIEN. — DÉSASTRES FINANCIERS · texte numérisé non relu

LUCIEN. — DÉSASTRES FINANCIERS

reux, car Worcester est un des dépôts ou des cantonnements des prisonniers de guerre, mais nulle part Lucien n'en fait mention, bien qu'il ait eu certainement des rapports avec quelques-uns d'entre eux.

L'argent qu'il a emporté de Rome est presque épuisé : Lucien en a mis une grande partie dans la maison de banque Le Mazurier, de Londres, qui fait banqueroute en 1811. Il y perd 8 000 £. (200 000 fr.) et il eût perdu tout ce qu'il avait en dépôt sans la prévoyante intervention de M. Baring, plus tard baron Ashburlon ; il n'en a pas moins, en une année, écorné son capital de plus de 700 000 francs, sans compter les dépenses courantes. Quoique ignorant ce nouveau désastre, la famille prévoyait que Lucien devait être gêné et, dès le 18 février 4811, Louis avait pris l'initiative de lui faire des offres de service. Il s'était, dès son enfance, assez mal accordé avec son frère et, malgré qu^il lui reconnût du génie, il n'avait recherché sa société que dans les moments où il était en froid avec Napoléon. De loin, il lui écrivait des lettres tendres et se confiait à lui ; même, pour s'avoisiner au Plessis, avait-il acheté Bâillon, mais à peine l'avait-rl eu qu'il s'en étaitdégoûté. Vis-à-vis d'Alexandrine, il n'avait jamais témoigné de sympathie et, l'année précédente, il avait été des plus chauds à prêcher la séparation ; maintenant, il paraissait croire que leurs situations pareilles devaient les rapprocher : c'était près de Lucien que son incertitude prétendait se fixer et sa faiblesse s'abriter. Il devait donc d'abord se faire pardonner sa fâcheuse intervention.

l^i NAPOLÉON ET SA FAMILLE

« J'embrasse tes enfants, lui écrivait-il, et je te prie de faire mes compliments à ta femme. Oubliez l'un et l'autre la lettre que je t'ai écrite de Paris l'hiver dernier. Je t'ai conseillé la séparation si, par ce moyen, tu pouvais rentrer et assurer l'état de tes enfants; mais, à ta place, j'aurais agi comme toi, et j'ai commencé par déclarer à ton secrétaire que je t'écrivais de faire ce que je n'aurais pas voulu faire pour moimême. » Puis, dans cet accablement de sa solitude, dans son désir qu'il a d'être pardonné, il offre à Lucien la moitié de ce qu'il possède, la moitié de ses diamants, la moitié des intérêts d'une somme de 500 000 florins qu'il a placée. « Je ne crois pas, dit-il que je relire d'autres propriétés particulières dont on s'est emparé. Si on pouvait les sauver, je t'en offrirais également la moitié. J'ai donné à mes enfants et à leur mère mes propriétés foncières; j'espère qu'on les leur laissera. Quant à cette somme de 500 000 florins que j'ai, si je viens à mourir dans ce pays, je te laisserai cette somme, qui te sera toujours quelque chose. Si la Providence en dispose autrement, ne pourrions-nous nous rejoindre en Amérique? Dis-moi promptement ce que tu en penses. Je crains de nouvelles persécutions. Que me conseilles-tu de faire ? » Sur une lettre aussi affirmative, Lucien s'empresse de répondre que tous les griefs anciens sont oubliés, qu'il attend son frère en Angleterre pour, de là, partir en Amérique et que le mieux est que, en attendant, Louis lui envoie tout ce qu'il a sauvé de sa fortune. Pour porter son message et rapporter l'argent et

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