‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 75 sur 213 · LUCIEN. — MADAME ET LUCIEN · texte numérisé non relu

LUCIEN. — MADAME ET LUCIEN

de BeauharnaiSjlui disant que, si le silence de sa mère n'était pas un blâme, il devait présumer que ses lettres avaient été interceptées; que pourtant il avait besoin d'argent pour entreprendre son voyage aux Etats-Unis et qu'il demandait que sa mère lui en envoyât. Stéphanie répondit aussitôt en se mettant à sa disposition et Lucien, ne voulant pas que la requête qui attesterait son dénûment passât sous l'inspection du colonel Leighton, « chargea un ami commun de lui faire connaître ses remercîments et ses demandes. Il avait besoin de recevoir, au plus tôt, SO 000 francs de sa mère et ajoutait qu'il n'avait aucun espoir de continuer sa route vers les Etats-Unis avant la paix générale ». Aussitôt informée, Madame s'ingénia à expédier l'argent demandé. Dès le mois d'avril, elle chargea Nicolas Clary, qui continuait à Paris son commerce de banque, d'envoyer à Lucien des traites sur Hambourg. Il ne semble pas que cette négociation ait réussi. Il y eut, dit-on, d'autres tentatives de correspondre par La Borde, l'ancien amant d'Alexandrine, chez qui Lucien l'avait vue pour la première fois à Méréville, mais, pour une raison ou l'autre, l'argent ne parvenait toujours pas et l'on dut aviser à d'autres moyens. A AVorcester était interné le général Lefebvre- Desnoëttes, colonel des Chasseurs de la Garde qui avait été fait prisonnier par les Anglais le 24 décembre 1808, au combat de Benavente. Sa femme l'avait rejoint le 9 octobre 1810 et lui avait porté 20 000 francs que l'Empereur lui envoyait en gl-atification. M"" Lefebvre-Desnoëttes était la fille de M. Rolier, intendant

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général de la maison de Madame Mère, et son cousin proche par sa femme née Benielli^ On n'eût pu trouver mieux comme intermédiaires. En ouvrant à Londres un crédita Lefebvre-Desnoëttes, on compterait à Lucien tout l'argent qu'on voudrait^ mais encore fallait-il que l'Empereur n'en sût rien. Rolier employa donc des noms supposés et un langage convenu dans les lettres qu'il achemina vers son gendre, par le canal de M. Martin, commissaire général de Police à Boulogne. « La personne qui pre'nd intérêt à M. Douglas, écrivitil à Lefebvre-Desnoëttes, vous prie de lui compter jusqu'à concurrence de 100 000 francs sur votre crédit. Vous aurez soin d'en prendre une quittance double, d'envoyer l'une et de garder l'autre. » Quelques jours plus tard, Madame s'étant ravisée, Rolier écrit : « Vous ne donnerez à M. Douglas que par petites sommes. On le préfère. On est inquiet de sa santé ; informez-vous de ses besoins. )> Lefebvre-Desnoëttes répondit, sous la signature Gharier, en datant de Boston, le 19 septembre, et en adressant à M. Gastmelle, négociant à Boulogne, sa lettre qui, sous couleur de commerce, paraît surtout traiter de l'évasion qu'il méditait et qu'il devait mener à bien quelques jours plus tard : « J'ai fait remettre sur les cent dont vous me parliez, cinquante pour les cent à M. Doug... Votre contre-ordre est arrivé trop tard. Il se portait bien il y a huit jours. Quant à des reçus, que cela ne vous inquiète pas, contentez-vous du fait. Il avait

' V. Napoléon et sa famille, III, 375.

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