‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 76 sur 213 · LUCIEN. — AFFAIRE LEFEBVRE-D ESNOETTES · texte numérisé non relu

LUCIEN. — AFFAIRE LEFEBVRE-D ESNOETTES

grand besoin de ses fonds, les a demandés et les a eus. »

Martin n'avait pas rendu compte au ministre de la Police de ces correspondances, qu'il entretenait par les smogglers qui aidaient parfois les prisonniers à s'évader et faisaient surtout la contrebande. Le Cabinet noir surprit une lettre : aussitôt Savary manda à Paris le commissaire de Boulogne ; il l'interrogea avec une extrême sévérité, fît comparaître Rolier, « qui prétendit que tout cela était faux, que le crédit n'était que de cent louis au profit d'un sieur Douglas qui existait réellement et avec lequel il avait des afTaires d'intérêt » ; Martin se défendit en présentant des lettres de Rolier qui ne pouvaient laisser de doutes ; il n'en fut pas moins semonce de la belle sorte, menacé de destitution et renvoyé à son poste avec injonction de faire passer au ministre de Police tous les paquets qui lui viendraient d'Angleterre. Madame découvrit sans doute des moyens plus sûrs de faire passer son argent et l'on peut croire que ce fut désormais avec l'acquiescement tacite de l'Empereur. On trouve en effet dans ses papiers de comptes, à la date du 21 novembre, un reçu délivré par Charles Sapey, l'ancien associé de Lucien, à Campi, son ancien secrétaire, pour une somme de 50 000 francs prêtée à Campi par un sieur Bobée, sur l'entremise de Sapey; à la date du 7 mai 1812, un reçu de 15 800 francs délivré par Rolier à Campi, avec, au pied, cette note de la main de Rolier : « Cette somme a été payée au général Lefebvre-Desnoëttes pour le rembourser de

pareille somme qu'il avait fait passer à M. Lucien. » Ce ne sont là que des bribes d'information, mais suffisantes pour indiquer d'où Lucien tirait ses principales ressources.

Juste à ce mois de mai, l'assassinat du principal ministre, M. Perceval, ayant amené la dissolution de son administration, Lucien espéra « que, par suite du changement de ministère, il pourrait partir bientôt pour les Etats-Unis ». Il avait déjà fait choix de Philadelphie pour sa résidence. Pour se procurer le moyen de s'y rendre, il envoya à Naples le neveu de sa première femme, André Boyer, qui devait retirer les effets jadis confiés à Murât et sans doute recevoir les fonds que fourniraient les divers membres de la famille.

On est étonné de ne point trouver, sur ce sujet, trace de demandes adressées à Elisa ; les relations sontelles donc rompues définitivement entre elle et Lucien ou bien la grande-duchesse a-t-elle si habilement adressé ses lettres qu'elles aient échappé aux divers cabinets noirs et que nul fragment ne s'en soit égaré? Sans doute, Elisa s'est faite avant tout princesse et gouvernante générale, et, pour sa famille, même sa mère et son frère Jérôme, elle n'entend point dérober un de ses précieux instants aux peuples dont elle fait le bonheur. Pourquoi plus pour Lucien? En juillet, lorsque, fort éprouvée encore par la mort de son fils, laissant à Florence sa fille Napoléon et aux bains de Lucques son époux le prince Félix, elle vient à Livourne prendre des

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