‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 77 sur 213 · ELISA. — ATTENTIONS TOUR MARIE-LOUISE · texte numérisé non relu

ELISA. — ATTENTIONS TOUR MARIE-LOUISE

bains de mer, sa cure ne l'empêche point de travailler, d'écrire, de donner ses ordres, de tenir en mains tout son monde. Elle est toute aux affaires, aux levées de conscrits, aux querelles entre le Chapitre de Florence et l'archevêque nommé, aux règlements généraux d'administration, aux lois dont elle comble les Lucquois. Affaires, ses correspondances, même celles qui paraissent intimes, celles qui pour le moment semblent gratuites. Elle a des fruits confits pour Cambacérès, des gâteries pour Regnaud et pour Laplace; rien ne la fait manquer à ces attentions vis-à-vis des ministres et des gens en place, mais elle en garde autant à regard des disgraciés : ainsi continue-t-elle à suivre son commerce avec ses deux étranges protégés, Fouché et Talleyrand, les deux hommes qu'elle tient pour redoutables et qu'elle pense voir reparaître quelque jour. Et, en même temps, elle s'ingénie à conserver la bienveillance de l'Impératrice qui, s'étant prise d'une sorte de passion pour sa petite nièce lui envoie, le jour de sa fête, un choix des plus beaux joujoux qu'on fasse à Paris. Élisa, en retour, adresse à sa belle-sœur, toutefois après en avoir sollicité permission de l'Empereur, une boîte avec son portrait qu'elle a fait faire à Florence. Elle sait se rendre aimable avec quiconque peut la servir.

L'Empereur pourra être satisfait de la ressemblance, mais ce ne sont pas ces petits cadeaux qui lui fermeront les yeux. Il entend être régulièrement informé de tout ce qui se passe à Florence, comme à Turin ou à Rome, « soit en ce qui regarde les gouverneurs dans

leur cour, soit en ce qui regarde le pays », et, à cet effet,, il a placé à Florence, comme directeur général de la Police en Toscane, un homme à lui, Pierre Denis de La Garde, un de ces personnages mystérieux qui ont le privilège de lui écrire sur toute chose, en pleine franchise et qui ne ménagent point, comme ferait un préfet, les Altesses Impériales. La Garde a fait ses preuves à Madrid et c'est un malheur qu'il en soit sorti ; mais, à Florence comme à Madrid, il saura ménager extérieurement ceux qu'il surveille, et, avec la grande-duchesse si jalouse de son autorité, il se contentera d'observer, sans se brouiller avec elle par des empiétements imprudents.

Elle n'est point femme à les tolérer : Fesch, comme secrétaire général de la Société maternelle, ayant invité le préfet de l'Arno à convoquer les dames de Florence pour provoquer leurs adhésions, Élisa lui écrit : « Permettez-moi, cher oncle, que je vous fasse mes observations. Les Florentins, ayant à leur tête une sœur de l'Empereur, trouvent très extraordinaire qu'un préfet les convoque pour un acte de charité et pour tenir un conseil sans m'avoir à leur tête. On ne suppose pas que j'irai chez le préfet tenir une assemblée. » Et tout de suite Fesch s'excuse et se rétracte.

Par contre, elle a grand goût à tout régir, même ce qui ne concerne point ses fonctions de gouvernante, même l'armée, dont à la vérité Félix est le chef pour la 29^ division, et, comme le mari, elle commande le général et par suite les soldats. C'est elle qui propose les mutations d'officiers, elle qui, dans le dépar-

ÉLISA- — LA RÉCLAME ISo

temeot de l'Ombrone, veut le général Barquier au lieu de l'adjudant-commandant Mariolti, un Corse qu'elle entend rappeler à l'état-major pour tout diriger sous le nom du prince; elle qui, dans le département de l'Arno, met le général Pourchain, qui lui est particulièrement agréable, à la place du général Barquier. Le ministre de la Guerre, avec qui elle est au mieux, s'empresse d'acquiescer; le haut commandement est désorganisé, et Ton en verra les suites avant peu, mais la grande-duchesse est satisfaite.

Si elle garde pour elle de telles victoires, elle ne manque pas de publier toutes les autres qu'elle remporte. Pas un de ses voyages qui ne fasse un sujet d'article, pas un de ses actes qui ne soit célébré,pas un de ses pas qu'elle veuille perdre pour la postérité. Elle a, au Journal de Paris en particulier, des amis complaisants, tels que Rœderer, qui s'empressent d'enregistrer l'enthousiasme d'une population immense lorsque, à Livourne par exemple, le 29 novembre. S. A. I. daigne assister au lancement du brick Y Inconstant : « S. A. I. monta ensuite sur une superbe chaloupe et alla visiter la flotille qui est au mouillage dans ce port; partout elle a été accueillie aux cris de : Vive Élise ! Vive l' Empereur ! » Voilà qui fait froncer le sourcil à l'Empereur et lui fait oublier les petites boîtes que sa sœur envoie à l'Impératrice : « Les journaux de Toscane, écrit-il au ministre de la Police, mettent dans le plus grand détail ce que fait la grande-duchesse, et les journaux de Paris le répètent trop souvent. Il faut que vous recommandiez au directeur de la Police de ne

pas laisser imprimer ces bêtises. Moins on parlera de la grande-duchesse et mieux cela vaudra... Je vois dans un dernier article que des équipages français ont crié : Vive E Usa! Vive l Empereur! C'est ridicule. Je rendrai le directeur de la Police.responsable de ce qui sera imprimé d'inconvenant... L'Europe s'embarrasse peu de ce que fait la grande-duchesse. Les souverains laissent imprimer ce qu'ils font, mais c'est malgré eux et pour empêcher les bruits ridicules. On laisse mettre dans les journaux que l'Empereur a été à la chasse, c'est parce que le public qui n'en entendrait pas parler en ferait des nouvelles. Il y a de grands intérêts attachés à ce que font les souverains au lieu qu'aucun intérêt n'est attaché à ce que fait la grandeduchesse. » La commission sans doute est peu agréable à rendre, mais Savary sait oii prendre le bureau des nouvelles florentines etRegnaud se chargera a d'insinuer au secrétaire de la grande-duchesse » qu'il faut mettre une sourdine à la réclame.

Si, cette fois. Napoléon n'a pas voulu attaquer sa sœur directement et s'il a préféré employer « quelqu'un de Paris », c'est qu'il a là à présenter une observation personnelle et délicate qui, après tant de remontrances du même genre, prendrait de sa part une importance inutile ; mais qu'Elisa s'avise de broncher dans le travail, par exemple de laisser son secrétaire des Commandements écrire en son nom au ministre de la Guerre de France, il faut voir comme l'Empereur la relève et la redresse : « Ecrivez, dictet-il, que ce n'est pas convenable, qu'il peut faire les

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