ÉLISA. — RÉPRIMANDES DE L'EMPEIIEUR
lettres, mais que tout doit être signé par la grandeduchesse ou par son mari; que celte manière de faire est ridicule et contraire à la dignité de mes ministres et au bien du service. » Tout employé doit gagner son salaire et, grande-duchesse qu'elle est, Élisa, morte ou vive, devra faire ce pourquoi on la paye. Au moins n'a-t-on pas à le lui répéter et s'étonne-t-on qu'on ait eu à le lui dire; car rien n'est moins dans son caractère : elle n'aime point qu'on se donne des airs à ses dépens et ce n'est point elle qui est paresseuse pour les écritures. Bien plutôt se mèle-t-elle d'avoir des idées et de les proposer, quitte à ce qu'elles soient réfutées, même avec quelque ironie, par des sousordres qui ont la confiance de l'Empereur. Tout ce qui éclôt à Florence ou à Lucques où elle s'est instituée la Restauratrice des Arts lui paraît devoir forcer l'admiration, et, pour bâtir des palais, graver des cuivres, tailler du marbre, il n'est tel que d'être du grand-duché. Élisa protège de haut, à la Médicis, des fournées d'artistes médiocres, parodistes de l'École française, mais qui, à défaut de génie, ont de l'entregent. Ainsi, à la grande indignation de Fontaine, lui a-t-elle suscité un rival en la personne de l'architecte Sterni auquel elle s'est employée à procurer les travaux du Quirinal; ainsi, à la grande colère de Denon a-t-elle imaginé de suggérer à l'Empereur la fondation à Paris d'une école de gravure que Morghen eût dirigée. Morghen ! quand il y a en France Bervic et Boucher-Desnoyers, Tardieu et Massard! Déjà Morghen a eu la commande d'une gravure d'après le
Bonaparte franchissant les Alpes de David, qui doit lui être payée 110 000 francs. Il a touché un àcompte de 40000 francs, et il ne terminera jamais la {)lanclie ; il vient de recevoir la commande d'un portrait de Marie-Louise qu'il n'ébauchera même pas. Sur l'école de gravure, Denon, qui s'y connaît, le prend de haut et, en rudoyant Morghen, il dit son fait à la protectrice.
Cela ne la décourage pas. Le goût de dominer qu'elle a si bien satisfait dans sa maison en domestiquant le mari qu'elle semble avoir tout exprès choisi, en se donnant pour amant ancillaire son grand-écuyer lucquois, ce goût qu'elle a eu loisir d'exercer sur ses peuples de Piombino et de Lucques, et dont elle s'ingénie à dispenser la jouissance aux sujets du grandduché, ce goût qu'elle étend sur les Arts, l'Armée, l'Eglise, l'Opinion et l'Empire, est chez elle exclusif de tout autre goût ou de toute autre passion. Devenue chauve — car, en 1812, elle a des tours de cheveux à un louis la pièce — restée laide et tout aussi maigre, elle n'a pas même de coquetterie. Elle laisse cela aux pauvres femmes qui cherchent à plaire, alors qu'elle commande même l'amour. Elle ne s'occupe pas de sa t.jilette; elle a fait un arrangement avec Leroy qui, pour 833 francs 33 centimes par mois, lui choisit, confectionne et expédie deux robes dont elle ne se plaint ni ne se loue et qu'elle porte telles quelles. Pour 333 francs 33 centimes, elle est fournie dans les mêmes conditions de chapeaux, coiffures et rubans. Avec cela, et, pour les grandes occasions, un exlraor-