CAROLINE. — ACCUSATIONS DE MURAT
Le renvoi de Daure et de Lanusse vient encore préciser celte situation. Ces deux hommes qui, à Paris, tiennent à quantité de monde, qui ont leurs entrées dans les ministères, et peuvent trouver des accès près de l'Empereur, ne manqueront pas de parler et Murât prend les devants en les accusant : « Sire, écrit-il à l'Empereur le 17 août, ces hommes m'ont fait bien du mal. Les intrigues de M. Daure ont rempli de troubles mon palais et ma capitale. C'est lui qui m'a mis à deux doigts de la mort... et il affectait de répandre que ma maladie n'était pas réelle... Il a voulu former un parti contre moi, il n'a pas craint de m'attaquer jusque dans mes affections les plus chères et, quoique ses efforts à cet égard soient bien loin d'avoir obtenu le succès qu'il osait désirer, peutêtre Votre Majesté a-t-elle en mains la preuve qu'elles n'ont pas été entièrement sans effet. » Voilà les. précautions prises contre Caroline. Pour Lanusse, il l'excuse : c'est un malheureux « qui n'a été qu'entraîné par la perfide adresse d'un homme profondément pervers », mais il s'acharne sur Daure. Que n'at-il cru l'Empereur qui le « jugeait capable de se livrer à toute sorte d'intrigues et d'affaires? » Il se retranche sur sa santé pour être bref, sur le besoin qu'il a de repos. « Je n'en puis pas goûter, dit-il, en songeant qu'on a pu altérer votre amitié pour moi, en songeant qu'on vous a inspiré des soupçons contre celui qui n'a vécu et ne vis que pour vous aimer et vous servir. » Et des déclamations, des « Dites-moi que vous m'aimez encore, » des déclarations que « sa
marine, son armée, tout ce qui est en son pouvoir sera consacré à l'accomplissement des volontés de l'Empereur » ; là, des restrictions habilement glissées qui permettent les résistances : « Ce que je ne possède pas, ce qu'il m'est impossible de faire, ne l'exigez pas de moi, c'est m'humilier et me réduire au désespoir; demandez-moi plutôt mon royaume tout entier; demandez-moi plutôt mon existence que je vous ai consacrée et que je serai toujours prêt à sacrifier pour vous. » Et puis, tout en fin, en post-scriptum, comme une chose simple et qui ne souITre pas de difficulté, il annonce qu'il a remis le portefeuille de la Guerre et de la Marine au maréchal de camp Tugny et celui de la Police générale à M. Maghella, « sujet, dit-il imprudemment, de Votre Majesté. » « Je n'ai fait, ajoute-t-il, que des choix provisoires, afin que, si Votre Majesté jugeait à propos de m'en indiquer d'autres, je puisse m'y conformer. »
L'Empereur pourrait s'y laisser prendre, il a été pris tant de fois à ces protestations de Murât, mais, par malheur pour celui-ci, en même temps que sa lettre arrive à Paris, y affluent de tous côtés des renseignements qui la contredisent. D'abord, c'est Norvins qui déclare que « le motif de la disgrâce de M. Daure a été son attachement à S. M. I. et R. et à la cause de la France qu'il a soutenue à Naples avec l'énergie et la dignité qui lui appartiennent ». Norvins annonce que, à Naples, l'acharnement contre la France est à son comble ; que les discours du palais ne sont que les échos de ceux du roi qui affecte hautement les