CAROLINE. — AFFAIRE D'AYMÉ
pérances. » Aymé avait sous sa direction « quelques personnes aux gages de la cour de Naples puisqu'une lettre du secrétaire du roi ordonnait de les payer »; et, pour collaborateur principal, il avait La Vauguyon, qui, par ses relations avec Maret, prétendait se procurer aux Relations extérieures, des documents « qu'il était du plus haut intérêt de connaître ».
La Vauguyon vaut Aymé. C'est un intrigant, « vendant fort cher au roi de Naples le crédit qu'il a la hardiesse de présenter comme le fruit de son habileté et s'étant par là fait accorder une confiance dont il abuse pour tourmenter Fesprit de son maître ». Exactement la même manière de vivre qu'Aymé. Il puise ses renseignements aux mêmes sources... « C'est un homme, ajoute Savary, qui marche dans la même direction que son frère, M. de Carency, l'homme le plus méprisable de la capitale. »
Ce qui rend pire le cas d'Aymé, c'est que, sur l'ordre que Savary lui a intimé de retourner à Naples, il a pris ses passeports pour cette destination, avec détour par Melle, son pays natal ; qu'il est bien allé à Melle, mais que, rappelé par La Vauguyon qui lui a écrit qu'il avait des pièces de première importance à lui remettre pour le roi, il est revenu à Paris où l'on sait si bien qu'il est suspect que Campo-Chiaro, l'ambassadeur de Murât, lui a recommandé « de ne pas trop se montrer ».
Gela est louche, mais il n'y a pas lieu à arrêter Aymé, surtout lorsqu'on dispose d'un moyen infaillible pour le réduire à l'impuissance. Le 19 août, par décret impérial, « il est rappelé en France et il se
démettra de toutes les charges et emplois qu'il a au service du roi de Naples, en rentrant dans sa patrie ».
Mais, à ce moment même, « des indices venus d'Espagne » mettent l'Empereur sur une nouvelle piste. Le 20, il adresse cette note à Savary : « Il m'a été assuré que les diamants de la couronne d'Espagne ont été enlevés par des Français et qu'en faisant des recherches chez les bijoutiers, surtout chez ceux qui fournissent la cour de Naples, on aurait des indices. Suivez cela adroitement, afin de savoir la vérité. » Savary transmet aussitôt à ses agents des ordres en conséquence : mais, au mot la cour de Naples, il substitue le mot le roi de Naples — et ce n'est point par inadvertance. Lui n'a point de doutes, étant de longue date au courant de l'affaire : En juin 1808, quand Murât est tombé malade à Madrid, c'est lui, Savary, qui a reçu le commandement par intérim. Or, le 25 juin, Duroc lui a écrit sur l'ordre de l'Empereur : « Sa Majesté désire que vous empêchiez qu'on vole et qu'on commette aucune espèce de gaspillage. Les Espagnols ont déjà remarqué qu'on a porté au Retiro un très beau tableau de Raphaël : C'est une bêtise qui ne mérite pas la moindre attention. Cependant, il faut le faire remettre au Palais. Il faut faire rentrer dans les écuries du roi tous les chevaux qu'on en a fait sortir. Il court des bruits qu'il a été gaspillé et détourné des diamants de la Couronne. Il faut empêcher cela : tous les diamants doivent être remis à M. d'Azanza et servir d'hypothèque à un emprunt pour l'Espagne. »
Savary t. de la mémoire, et, en mettant la main sur