‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 83 sur 213 · CAROLINE. — LES DIAMANTS D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

CAROLINE. — LES DIAMANTS D'ESPAGNE

Aymé, premier chambellan de Murât et son homme d'affaires, il 'sait qu'il met la main sur les diamants. « Ferdinand VII en se rendant de Bayonne à Madrid a en effet laissé les diamants de la couronne sous la garde du marquis de Mos, grand maître de la Cour, qui ne consentit à les remettre au prince Murât que contre quittance qui lui fut délivrée alors, écrit le ministre de Russie à Naples, par un M. Aymé, actuellement chambellan de Sa Majesté Napolitaine. » Savary est aussi bien instruit que le prince Dolgorouki et il ne doute pas qu'Aymé ne le conduise à la cachette.

Le 23, Aymé est arrêté chez lui, 21 rue de la Victoire, et écroué à Vincennes où il est mis au secret. Dès le 24, l'Empereur se croit si près du but qu'il mande à Maret : « Ecrivez en chiffres au comte Laforêt qu'il voie le roi d'Espagne et qu'il lui fasse connaître qu'ayant des indices que quinze à dix-huit millions de diamants ont été soustraits par des individus à la Couronne d'Espagne et ayant appris qu'un sieur Aymé y était compromis, je l'ai fait arrêter et enfermer jusqu'à ce qu'il ait révélé ce qu'il sait sur cette affaire, qu'il a déjà avoué qu'il avait vu de très beaux diamants et entre autres la Perle pérégrine^; que le sieur Aymé avait dit que la Perle pérégrine avait passé par les mains d'un bijoutier qui est en ce moment à Naples ;

' La Perle pérégrine, célèbre dans toute l'Europe, était une perle, grosse comme un œuf de pigeon, qui recueillie sur les côles de Panama, avait été présentée en 1579 au roi Philippe II et avait depuis lors figuré parmi les bijoux les plus précieux de la couronne d'Espagne.

que j'ai donné ordre à mon ministre à Naples de faire interroger ce bijoutier et de prendre tous les renseignements qui pouvaient donner des lumières là-dessus, mon intention étant de faire retrouver ces quinze ou dix-huit millions de diamants et d'en envoyer la valeur au roi, secours qui sera essentiel pour lui en cette circonstance ; qu'il a été soustrait également des objets d'un grand prix chez le prince de la Paix, qu'il faut faire des enquêtes, que cela sera suivi en France et qu'on fera rentrer des sommes considérables. »

Chez Aymé, si, au cours des perquisitions on n'a pas trouvé les diamants, par contre, on a « trouvé dix-neuf lettres de la main de Murât ne pouvant laisser aucun doute qu'il eût sérieusement songé à succéder à l'Empereur dans un cas donné. Ces lettres datent la plupart de 1809 ; Fouché y est très souvent nommé et il est lui-même en pleine correspondance avec Murât. Il n'en avait jamais parlé à l'Empereur ». Ce témoignage très net de Savary se trouve exactement confirmé par le rapport que, sur l'heure, il a fait, en style fleuri, rédiger par Desmares et qu'il a remis à l'Empereur: « Plusieurs lettres, trouvées chez M. Aymé, écrites par le roi de Naples et la minute de quelques réponses faites par M. Aymé, écrit Desmarets, prouvent que, si cette intrigue n'apoint été accompagnée de projets criminels, elle a du moins existé pour préparer l'opinion, d'une part, à un événement naturel ou forcé et, de l'autre, pour abuser de la crédulité du roi de Naples sur la possibilité qu'il fût un jour appelé à succéder à Votre Majesté en pareil cas. »

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